LE COURRIER spacer SUISSE   pg.7

LUNDI 26 OCTOBRE 2020


 

L’entreprise suisse gère une usine au Nigeria. Les particules dans l’air nuisent à la santé des habitants

 

La poussière de LafargeHolcim

 

PHILIPPE BOEGLIN

  

Lafarge

  

Responsabilité • «Santé et sécurité: des valeurs fondamentales». C’est ce que dit, sur son site internet, l’entreprise LafargeHolcim, géant des matériaux de construction. «Nous nous engageons à créer un environnement sain et sûr pour toutes les parties prenantes, en se basant sur une vraie culture de la sécurité», ajoute plus loin le groupe installé en Suisse alémanique.
Ce principe cardinal a-t-il été appliqué partout et en tout temps? Certains le contestent vigoureusement. LafargeHolcim gère par exemple une usine au Nigeria, sur le territoire d’Ewekoro, et ce site fait l’objet de polémiques. Il lui est reproché d’avoir provoqué de grandes émanations de poussières dans les environs, et donc des atteintes à la santé et à la qualité de vie des employés et des communautés locales. Des habitants de la région ont régulièrement dénoncé leurs conditions de vie.
La situation est rapportée dans un film documentaire produit par les auteurs de l’initiative populaire «pour des entreprises responsables», sur laquelle la population votera le 29 novembre. Le texte veut que les entreprises suisses répondent de leurs actes devant les tribunaux suisses, lorsqu’elles ne respectent pas les droits humains et environnementaux à l’étranger.
Concernant le cas nigérian d’Ewekoro, les initiants ont recueilli 41'000 signatures dans une pétition. Contactée, LafargeHolcim assure avoir pris différentes mesures sur place.

 

Dangereuses particules

 

Les initiants citent une enquête réalisée par un bureau d’analyses et de conseil nigérian, Emerald Scientific Services Ltd sur des mesures effectuées en février 2018. Cette étude – que nous avons consultée – constate que la poussière émise par la cimenterie détériore la qualité de l’air et expose les habitants et employés à des problèmes de santé. Les particules fines PM2,5 et PM10, dangereuses pour les voies respiratoires notamment, atteignent des valeurs supérieures aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, et ce parfois largement. Le même cas de figure s’observe pour les composés organiques volatils (VOC), dont le potentiel de nuisance pour l’homme et l’environnement est également connu.
Les auteurs de l’étude formulent plusieurs recommandations. Ils demandent notamment que des infrastructures soient mises en place pour réduire la poussière de ciment. En outre, selon eux, les habitants doivent obtenir des compensations adéquates.
Interpellée sur la situation dans la région d’Ewekoro, LafargeHolcim répond, en anglais, que ses «opérations au Nigeria sont régulées par les agences étatiques nationales, incluant l’Agence des standards environnementaux nationaux et de l’exécution des régulations, le Ministère de l’environnement et celui des mines. Nous confirmons opérer en conformité avec ces normes».

 

Limites pas dépassées

 

Concernant les composés organiques volatils, le géant des matériaux de construction dit que des tests sont menés chaque année par des parties indépendantes et accréditées s’alignant sur les régulations nigérianes. «Ces résultats se situent bien en dessous des limites nigérianes, européennes et suisses», affirme LafargeHolcim. Quant aux particules fines, les tests indépendants rapportent des valeurs «inférieures aux limites nigérianes».
En outre, l’entreprise affirme «avoir investi substantiellement pour contenir efficacement les émissions de poussières sur notre site. Nous les avons réduites de moitié au fil des années. Nous sommes en train d’installer un nouveau système de filtre de pointe à Ewekoro». L’entreprise ajoute qu’elle publie les données portant sur ses émissions dans son rapport de durabilité.
Et qu’en est-il des compensations demandées en faveur des habitants? LafargeHolcim ne s’exprime pas sur ce sujet.
Y a-t-il eu des suites juridiques au Nigeria? D’après les auteurs de l’initiative populaire «entreprises responsables», une procédure a été entamée. Elle n’a, à ce jour, pas abouti, ce que les initiants attribuent au système judiciaire peu fonctionnel du pays d’Afrique de l’Ouest. LafargeHolcim ne s’exprime pas non plus à ce propos.
Pour Dick Marty, coprésident du comité d’initiative et ancien conseiller aux États (TI, plr), «avec l’initiative pour des multinationales responsables, LafargeHolcim devra rendre des comptes lorsqu’elle étouffe une population avec une cimenterie. Elle gère aussi des cimenteries en Suisse et en Europe, sans que de tels problèmes se posent. Pourquoi? Est-ce que la vie des habitants au Nigeria aurait moins de valeur que celle de ceux en Suisse ?» I


 

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LafargeHolcim : Santé et sécurité    des valeurs fondamentales

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