L'A R M E DE LA B O N N E C O N S C I E N C E
Dossier - Armée et Conscience
L'armée peut-elle avoir une conscience . . . ou n'est-ce pas plutôt incompatible ?
Discussion entre un aumônier et un objecteur de conscience . . .
Le capitaine aumônier C.J. a posté une lettre dans un journal pacifiste "Terres Civiles" concernant le problématique des armes et un membre du groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) va tenter de lui répondre par des raisonnements antimilitaristes et même chrétiens . . .
compilation : Georges Tafelmacher
Sommaire
Abandonner les oppositions stériles et respecter les choix
du cap. aumônier C.J.
paru dans "Terres Civiles" du Centre Martin Luther King - N° 16 - mars 2002
Aumônier protestant d'un régiment d'infanterie, j'ai eu le plaisir
de vous demander de la documentation à destination des militaires ayant
des problèmes de conscience. J'ai bien reçu votre envoi et je
dois dire que j'ai apprécié la brochure verte dont je relève
le ton et la mesure comme des éléments positifs qui ouvrent la
possibilité d'un dialogue. En revanche, la carte postale "service
viril"...
Je ne suis pas non-violent et j'ai choisi de servir mon pays dans le cadre
de l'armée. Mais je suis convaincu que les voies non violentes ont leur
rôle à jouer dans la prévention et la gestion des conflits.
Et cela à côté et en relation avec les mesures proprement militaires
destinées aux mêmes buts. De même, et par analogie, l'opposition
si souvent mise en exergue, entre opérations humanitaires et emploi de
troupes pour le maintien de la paix, me paraît être une opposition
stérile. Bien entendu, en règle générale, il convient
de distinguer les rôles. Quoique la collaboration entre humanitaires et
soldats pour une distribution rapide et efficace de vivres, médicaments
ou autres objets exigeants une intervention immédiate - que très
souvent seule l'armée est à même de mettre sur pied sans
trop de délais - ne doit pas être négligée.
Il faut un haut degré de conscience pour porter une arme
Pour ce qui concerne plus directement le service civil, je pense qu'il est
une bonne alternative qui permet de sortir de l'ancienne problématique
du "conflit de conscience" qui amène certains militaires à
refuser de servir. Cette problématique, telle que comprise jusqu'ici,
avait la triste conséquence d'envoyer en prison des gens qui ne le méritaient
pas - dont des amis à moi - et d'entraîner l'idée que le
citoyen qui accepte de servir comme soldat n'a pas de conscience. Ce qui est
bien entendu faux, et même ridicule. Il faut au contraire un haut degré
de conscience pour utiliser des armes et en accepter les conséquences
éventuelles. Je dis cela sans illusion : beaucoup de soldats n'ont pas
cette conscience, ils servent parce qu'ils y sont contraints, sans se poser
trop de questions. Mais je rencontre vraiment souvent cette conscience à
un très haut degré chez les cadres de l'armée, autant en
ce qui concerne les coups infligés à un possible ennemi, qu'en
ce qui concerne les risques encourus par nos propres troupes et par les civils.
Il est possible, en revanche, que la nécessité de devoir expliquer
son choix d'un service civil, élimine des rangs des objecteurs ceux qui
n'auraient pas cette claire conscience. Mais j'ai rencontré suffisamment
de soldats prétendant avoir un problème de conscience pour savoir
que cela même n'est pas toujours vrai. Trop souvent l'idée de refuser
les armes ne fait que cacher autre chose : manque de caractère, problèmes
psychologiques, personnels ou professionnels qui entraînent le désir
de sortir des contraintes imposées par la vie communautaire qu'implique
l'armée. Chez ces hommes, le problème serait sans doute le même
si cette vie communautaire avait un cadre civil. A cette réserve près,
je crois que mon analyse tient la route et que parmi les objecteurs qui ont
été jusqu'au bout de leur conviction, le haut degré de
conscience dont il a été question ci-dessus est atteint.
Je continuerai à collaborer avec vous en apportant mon aide aux militaires
chez qui apparaît le conflit de conscience, comme je l'apporte à
ceux et celles qui choisissent de servir dans l'armée. Je continuerai
également à regretter l'agressivité, voire le "dogmatisme"
que j'ai assez souvent rencontré chez des objecteurs vis-à-vis
de ceux et celles qui ont fait un autre choix qu'eux. Agressivité qui
n'est pas absente chez nous militaires, mais qui est le plus souvent remplacée
par le respect d'un choix autre mais aussi prégnant que le nôtre.
Cap. C.J.
qui s'exprime ici à titre personnel et ses propos n'engagent que lui.
N.B. décédé récemment, ses descendants ont demandé de masquer son identité par respect pour sa mémoire
Conscience militaire : la militarisation de la planète, c'est la vraie solidarité !
Armée et Conscience
Georges Tafelmacher - antimilitariste
Le courrier de l'aumônier protestant d'un régiment d'infanterie,
cap aum C.J. : «Abandonner les oppositions stériles et respecter
les choix» publié dans le "Terres Civiles" de mars 2002,
nous permet de mieux comprendre la mentalité militaire et sa conception
unilatérale où les règles de base sont la soumission et l'obéissance
contrainte et obligatoire de l'individu à une hiérarchie dominante armée.
Les libertaires pacifistes non-violents ont choisi de vivre leur pays dans
un cadre civil. Car ils sont convaincus que les voies non violentes devront
jouer leur rôle primordial dans la prévention et la gestion des
conflits malgré l'importance démesurée donnée aux
mesures proprement militaires destinées aux memes buts. Dans ce contexte,
l'opposition si souvent constatée entre opérations humanitaires
et emploi de troupes pour le maintien de la paix est nécessaire et salutaire
car cette opposition, entre les voies "non-violentes" et militaires,
n'est pas stérile mais essentielle, cela nous oblige à réfléchir
d'une manière plus approfondie sur la société que nous
avons conçue et celle que nous voulons construire. En effet, il conviendrait
de bien distinguer les rôles : humanitaires pour une distribution rapide
et efficace de vivres et médicaments ; soldats lorsqu'une intervention
immédiate exige leur mise sur pied sans trop de délais pour, par
exemple, la séparation entre les deux parties en conflit, le désarmement
et la destruction des armes, le traitement des prisonniers de guerre, les ponts
aériens et la mise en échec de dictateurs sanguinaires en les
isolant de leur population.
Si l'on a un haut degré de conscience, on ne peut plus porter une arme
L'arme est en elle-même une puissance qui réduit à néant
la volonté de l'autre en le soumettant à un chantage ignoble où
la mort sanctionnerait tous les comportements ressentis comme déviants
ou dangereux. Le recours aux armes est un acte terroriste par la peur instillé
chez l'autre et par la menace de son usage, les militaires se mettent au même
niveau d'horreur que les maîtres chanteurs, terroristes et autres zélateurs
de la force armée. Le pouvoir qu'exsude l'arme est même une drogue,
létale en plus !
La conception de la "conscience" du cap C.J. souffre d'une déficience
incontournable. Non seulement son analyse ne tient pas la route mais, surtout,
elle nous mène contre un mur ou dans un fossé. Si par ce concept
on entend l'état qu'une prise de conscience entraîne lors qu'on
se rend compte des réalités de la psychologie humaine et de la
vie en commun, il s'ensuit que l'option des armes vue dans le contexte de cette
conscientisation paraîtra totalement inappropriée et même
contre-productive. Cette prise de conscience mènera plutôt vers
des solutions pacifiques éclairées car la réflexion se
placera à un niveau où le recours aux armes semblera monstrueusement
manichéen.
Par définition et par rapport à son utilisation, un soldat pour
fonctionner correctement dans un contexte militaire, ne peut en aucun cas avoir
une conscience, ni même peut-il se permettre d'être en proie à
une prise de conscience douloureuse. Cela ferait de lui un simple être
humain sensible et émotif dont l'usage de la force létale répugne.
Il n'aura donc pas les qualités requises pour pouvoir sans rechigner,
sur ordre, trouer la peau de gens qui, eux non plus, n'ont pas demandé
de suivre les ordres de supérieurs pensant résoudre leurs problèmes
par des actes de guerre. Malgré les tentatives des cadres de l'armée
pour atteindre un très haut degré de bonne conscience, beaucoup
de soldats ne veulent pas de cette conscience, ils servent parce qu'ils y sont
contraints et ne se posent pas de questions.
Le pire est atteint lorsque l'aumônier ramène le refus des armes
à des considérations psychologiques alors qu'au contraire, le
recours aux armes est d'abord le fait d'individus faibles de caractère,
bourrés de problèmes psychologiques inconscients, ayant une soif
et une fascination pour la puissance des armes et un besoin inassouvi de contraindre
les gens aux seuls comportements spécifiquement acceptables - la soumission
et l'obéissance aux ordres.
Fort de 307 jours de service, on peut rencontrer suffisamment de soldats pour
savoir que l'attrait des armes ne fait que cacher autre chose : manque de caractère,
servilité puérile, obsessions psychologiques, désirs de
pouvoir sur autrui, déviations monomaniaques auto-destructives. Surtout
ces militaires, ne pouvant plus respecter toutes les tendances à l'oeuvre
dans une société réellement libre, autogérée,
inventive, vivante, complexe, ouverte et humaine, apprécient sortir des
contraintes imposées par la vie civile communautaire en cherchant leur
salut dans une organisation qui pense pour eux et qui concocte leur ordre du
jour sécurisant.
La vie à l'armée n'est pas communautaire (rapports constructifs entre
égaux), elle est hiérarchique et imposée d'en haut sans
discussion participative. Nos voisins de chambrée nous sont imposés,
nos relations avec les autres sont contrites et faussées. Il n'y a pas
de libre choix, pas de démocratie, pas de possibilités alternatives,
pas d'initiatives personnelles, pas de choix multiples. Notre seul choix est
de nous plier aux exigences de nos supérieurs, de suivre sans opposition,
ni contestation les injonctions d'officiers imbus de l'importance que le pouvoir
des armes les confère.
L'aumônier cap C.J. est, sans doute, chrétien. Sans lui faire
l'insulte de lui rappeler les commandements du décalogue du dieu en lequel il croit concernant
nos comportements, rappelons ces quelques versets :
« tu ne tueras point . . .»
et tiré du sermon sur la montagne du christ :
«. . . celui qui se met en colère contre son frère doit d'abord
se réconcilier avec son frère . . .»
«. . . ne pas résister au méchant. Au contraire, si on te
frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre . . .»
«Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Aimez vos ennemis et priez
pour ceux qui vous persécutent . . .»
ainsi que la prière divine :
«. . . et pardonnez ceux qui nous ont offensés . . .»
A partir de là, l'aumônier cap se doit de d'abord respecter le
choix que le respect de ces commandements et autres exhortations imposent :
si un homme se réclamant de ces perceptes hautement humanistes refuse
de résoudre un conflit par les armes et cherche des alternatives de résolution
pacifique, ce choix doit etre respecté et même magnifié
et donné en exemple pour l'avancement de la paix sur cette terre meurtrie
où déjà plusieurs centaines de millions d'hommes, de femmes
et d'enfants ont été tués par balle depuis l'invention
de l'arquebuse.
Un aumônier se doit de dégoûter à tout jamais tout
être humain d'utiliser les armes pour résoudre ses problèmes,
comme il le fait pour détourner les jeunes de la drogue. Il doit en toutes
circonstances démontrer l'absurdité du recours aux armes, l'inopportunité
de la réflexion militariste et l'aspect inappropriée de la solution
finale militaire. Allons même plus loin, tout comme le meurtre, le vol
et la menace qui ont été rendu illégaux, la guerre et l'usage
des armes doivent aussi être déclarés illégaux et
leurs auteurs doivent pouvoir être confondus devant des tribunaux supranationaux
présidés par des juges civils, philosophes et humanistes et les
prévenus jugés d'actes de guerre seraient confinés dans
des camps spéciaux où il leur sera appris les vrais fondements
de la société civilisée humaine : la coopération
participative, l'entraide sociale, l'humilité, la connaissance de soi
et de l'autre, l'amour du prochain, la résolution pacifiques des conflits,
le respect absolu de tous les hommes quels qu'ils soient, quoiqu'ils aient fait.
Je dis cela sans illusion.
Il est quand même poignant de constater que cette institution armée,
où le respect des objecteurs est non seulement foulé sous pied
mais de plus, où les pacifistes sont assimilés à des individus
perturbés psychologiquement et dangereux pour la cohésion nationale,
exige de nous un respect absolu envers elle et surtout qu'il soit imposé sans
contrepartie car "prégnant" ! Les hauts gradés demandent
que les objecteurs "respectent" le "choix" des militaires
qui n'en est pas un puisque obligatoire mais il est très difficile pour les objecteurs de
respecter une institution qui nous impose des moyens létaux et destructifs
pour résoudre les conflits. De toute façon, les hauts gradés
refusent d'entendre ces choix pacifiques car par sa hiérarchie imposante
et par l'obligation constitutionnelle de servir, nous sommes obligés
de nous présenter aux ordres de marche de cette armée sous peine
d'être emprisonnés, dévalorisés par le qualificatif
péjoré "d'objecteur", jugés devant une commission
impressionnante de raideur, soumis à des interrogations inquisitoires
et couverts de remarques dénigrantes.
Le dogmatisme et l'agressivité sont bien plus visible dans l'armée
que chez les objecteurs qui sont obligés d'être très catégoriques
et entêtés pour faire valoir leurs opinions et faire respecter
leur choix. Agressivité qui est bien plus présente chez les militaires
qui le plus souvent l'instrumentalisent au travers le commandement sadique hiérarchisé
et imposé au nom du service à la patrie.
Pour ce qui concerne plus directement le service civil, la loi doit être
changer pour permettre de sortir de l'ancienne problématique du "conflit
de conscience" qui amène certains personnes à refuser de
servir. Cette problématique, telle que comprise jusqu'ici, avait la triste
conséquence d'envoyer en prison des gens qui ne le méritaient
pas et d'entraîner l'idée que le citoyen qui n'accepte pas de faire
le petit soldat n'a pas de valeur citoyenne parce qu'il ne veut pas "servir"
son pays. Ce qui est bien entendu faux, et même ridicule. Il faut au contraire
un haut degré de conscience pour refuser d'utiliser les armes et infliger
des coups fatals à un possible ennemi.
Tous les mouvements d'objecteurs et d'antimilitarisme doivent continuer plus
qu'avant à apporter leur aide aux militaires chez qui apparaît le conflit
de conscience, comme ils le font avec les réfractaires qui choisissent
de ne plus servir dans l'armée. Entre autre, le mouvement des déserteurs
de l'armée israélienne objectant contre le traitement réservé
aux Palestiniens doit être soutenu. Il faut continuer également
à regretter l'agressivité, voire le "dogmatisme" que
l'on rencontre souvent chez des militaires vis-à-vis de ceux et celles
qui ont fait un autre choix qu'eux. Agressivité qui n'est pas absente
chez les militaires, mais qui est le plus souvent remplacée par le respect
servile à un choix autre qui cherche à remplacer celui des pacifistes
antimilitaristes.
Georges Tafelmacher
Notes et références :
Pages sur l'armée de l'auteur : Discussions sur l'armée
Michel Auvray, historien et auteur de "L'âge des casernes"
Jean-Michel Truong, "Totalement inhumaine" et "Star Wars : le retour" chez - Albin Michel
Dieu, auteur de la "Bible" :
Matthieu 5 à 9 - Heureux ceux qui sont doux car la terre leur appartiendra !
Heureux les pacificateurs car ils seront appelés fils de dieu.
Matthieu 17 - Je suis venu pour accomplir la loi des prophètes
Matthieu 21 à 25 - Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : "tu ne tueras point". Mais je vous dis : celui qui se met en colère contre son frère doit d'abord se réconcilier avec son frère.
Matthieu 38 à 39 - Vous avez entendu qu'il a été dit : "oeil pour oeil". Mais je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si on te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre.
Matthieu 43 à 44 - Vous avez entendu qu'il a été dit : "Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi". Mais je vous dis d'aimer vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent.
Une Conclusion nécessaire - de quelle conscience parle-t-on ?
Considérations sans concession de G. Tafelmacher pour la Paix non-armée
Quelle conscience - La Paix ou évolution militariste vers l'anéantissement ?
La mentalité militaire est composée de peurs, d'angoisses, d'inhibitions,
de frustrations, de susceptibilités exacerbées et elle utilise
toutes les justifications et les motivations pour l'expression sans restreintes
de la revanche, la vengeance, l'agressivité, de la violence, de la domination,
du pouvoir. Par un conditionnement subconscient et une préparation psychique
des populations, les autorités dirigent les consciences pour que non seulement
les gens fassent la guerre mais pour que surtout ils exigent de ses gouvernements
le passage à l'acte. La propagande influence et oriente les gens, elle
rend la population complice des aventures guerrière. Dans ce contexte,
les justifications des actes de guerre, la désignation de l'ennemi, les
surenchères nationalistes, la déculpabilisation de sa propre violence
commise sous le couvert de la guerre, l'insensibilisation face à la mort
des ennemis désignés, l'instrumentalisation de ses propres morts
pour justifier l'escalade et de la rendre nécessaire, forment cette conscience
de guerre. En temps de guerre, il y a d'un côté le distinguo entre
les bons soldats défendant leur pays et les mauvais guerriers envahisseurs
et de l'autre les appels à l'union sacrée, à la fierté
nationale, à l'unanimité de pensée et d'action et à la
conscience. Ce constat est presque identique dans chaque camp, quelle que soit
la nature des griefs.
D'un côté, il y a des Etats soi-disant laïques qui s'affirment
de plus en plus en tant que chrétiens (cf : messes, flambeaux, minutes
de silences) et réaffirment des "valeurs" commerciales et entreprenants
; de l'autre, les pays islamiques et du tiers monde désignés de
"rétrogrades" qui cherchent à se défendre contre
l'hégémonie de ce retour de la bonne conscience chrétienne
(cf : Djihad versus croisade impérialisme américaine).
Y a-t-il une conscience possible à la guerre ou pas? Les dirigeants
ne nous parlent que de de leurs bonnes consciences face à la guerre pour
mener les actions actuels pour "l'équilibre" mondial et la
guerre contre les terroristes. La recherche de la conscience militaire, qu'il
soit d'état ou "religieux" ou individuel, est une forme de
mépris qui se foute de l'existence des gens, c'est le point commun à
toutes les guerriers. Le système de pensée actuel voit la mort
de millions de gens par l'utilisation des peuples comme monnaie d'échange
et par l'instrumentalisation du terrorisme pour la justification de la perpétuation
des actes de guerre. Les bombardements des populations civiles de Dresde ou
Hiroshima étaient légitimés par les horreurs des nazis
mais sont néanmoins des horreurs en soit. Cela est à dénoncer.
Ces actes commis contre les civils ne sont pas comparables aux attentats terroristes
où les "victimes" étaient ciblées et appartenaient
à la classe dirigeante, la lutte dépassant les frontières
car elle est menée contre l'Etat-nation totalitaire et l'hégémonie
elle-même.
La Conscience en Danger
La guerre est un élément référentiel et déterminant,
ce qui implique qu'un certain nombre de dangers nous guettent. D'abord nous
voyons un changement "toléré" et "légitimé"
vers des logiques sécuritaires et la conscience sera utilisée
pour renforcer l'acceptation de l'intrusion de l'impensable dans nos vies quotidiennes
au profit d'une nébuleuse guerrière. Le discours va au-delà
de la vengeance : faire la guerre, c'est un acte de justice à mener selon
sa bonne conscience. Le danger de l'amalgame entre terroristes, contestataires
antimondialisation, sans papier, immigré avec la création de lois
sur la sécurité publique permettant la légalisation du
"délit de salle gueule" est avéré. L'ennemi est
toujours définis comme étant sans conscience, méchant,
machiavélique et retords.
Le discours sur la conscience est dangereux pour nous car par il est binaire
et il nous impose une vision étriquée du monde, d'un côté
il y aurait les éléments violents à supprimer et de l'autre
des gentils défenseurs ayant seuls une conscience. Or la violence légitimé
par la conscience est en passe de devenir la seule façon pour les puissances
aveugles qui méprisent le monde d'imposer leur entente. Il y a danger
car compte tenu de la succession effrénée d'aventures guerrières
de ces derniers jours, d'attaques terroristes et catastrophes industrielles
qui se perpétuent, ces événements sont utilisés
par le pouvoir pour provoquer les conditionnements mentaux des individuEs. Nous
voyons ces effets d'abord dans l'unanimité autour de la condamnation
du terrorisme et de l'imposition d'une paix policée, rouleau compresseur
où fleur bon le manichéisme et le jugement d'autrui et qui permet
aux camps antagonistes de se renforcer et de se démarquer. Cette logique
sécuritaire est conduite ainsi avec une bonne conscience, la domination
actuelle instrumentalisant toutes violence et incivilité pour avoir les
nouvelles excuses pour mieux casser les résistants.
Conclusions
Aucune avancée sociale significative ne sera possible avant de d'abord
répondre à la question fondamentale : qu'est-ce que la conscience
en temps de guerre? Il serait sage d'y réfléchir avant qu'il ne
soit trop tard!
Si nous voulons poursuivre notre présence sur cette terre, nous devons
raisonner selon les notions de résolution pacifique des conflits et de
vraies prises de conscience. Il faut impérativement que cette évolution
se fasse dans le sens d'une compréhension et d'une élucidation
des raisons des explosions de la violence pour parvenir à une juste paix
mondiale, car nous pouvons sans autre faire le constat de l'incapacité
totale des armées pour résoudre quelconque problème de
société. Israël est la preuve que 50 ans de "représailles
militaires" n'ont jamais résolu le problème palestinien,
au contraire, il semble que l'escalade militaire prédomine et cela à
cause de l'obsession sécuritaire des israéliens, de leur volonté
de protéger leur terre et de leur conscience religieuse si déplaisante.
Dans sa nouvelle mouture plus moderne, l'armée, pour se justifier, s'accapare
de la conscience normalement attribuée aux civils. Le fait même de vouloir
que l'armée fasse dans la "conscience" est une preuve tangible
de la "militarisation de la société". C'est à
dire que la résolution des problèmes de société
est menée selon la logique "militaire" où on résout
les problèmes humains par la force "armée". Refuser,
donc, la bonne conscience justifiant la guerre contre le terrorisme est en fait plus
essentiel maintenant que lors des frappes de l'OTAN sur la Serbie et le Kosove
où nous avons vainement essayé de faire part de nos oppositions.
Il faut sortir de ce discours car la guerre a été déclarée
depuis longtemps, la différence est qu'aujourd'hui elle est révélée
comme fait accompli et que nous devons y adhérer sans réserve
ni questionnement sous peine d'être attaquer par les forces de l'alliance
sacrée. Nous ne voulons pas que la paix armée ou la réponse
guerrière et meurtrière aux problèmes humains soit justifiable
par la conscience que la Suisse cherche à se donner pour adhérer
au système de gestion militaire des crises par les riches Etats de l'OTAN.
Il faut déconstruire ce qui est donné par image médiatique
et dénoncer comment ce qui est arrivé à pu être possible.
Il n'y a pas de paix possible dans un monde fait de contraintes et d'obligations
impérialistes. Avant toute paix citoyenne, les dominations doivent céder
leur pouvoir au peuple. Pour cela, des réseaux antimilitaires se sont
regroupés pour mener des luttes qui ne sont pas des actes terroristes
mais de justes revendications pour un monde où tous auront le droit de
vivre à sa convenance et dans le cadre de ses possibilités. Pour
que cessent les guerres, une étude approfondie est nécessaire
pour comprendre ce qu'est la guerre et comment elle peut être dépassée
et ce qu'est la paix et comment elle peut être construite. Nous ne voulons pas
de la guerre ni être obliger à la faire. Si nous devons nous battre, c'est
contre les pouvoirs de domination et cette lutte sera menée sans armes
létales, uniquement avec nos analyses et dénonciations, la pression
citoyenne de la rue, les grèves, les référendums, les initiatives
populaires, les oppositions légaux, et surtout la construction d'espaces
où les gens pourront mettre sur pied des relations entre eux qui permettraient
l'avénement d'une autre société où la domination et le contrôle
s'exerceront sur les tenants du pouvoir et non sur les sujets de ce pouvoir.
Sans une vraie participation de l'inconscient de chacun dans la formation de
comportements de relations constructives entre les gens, aucune conscience n'est
possible. C'est cela la vraie conscience!
Nous allons être exposés à l'anéantissement si nous continuons
à raisonner par la conscience en répondant par une surcharge
pondérale des armes aux problèmes de société. Si
nous voulons perpétuer notre éxistence sur cette terre, nous devons
apprendre à résoudre les conflits pacifiquement par la prise de
conscience et nous devons permettre à cette évolution de se faire
dans le sens d'une compréhension et une élucidation des raisons
des causes des guerres. Pour parvenir à un équilibre mondial et
à un vécu pacifique entre les gens et les communautés,
nous devons viser la seule paix valable : la paix par un mouvement citoyen où
chacun prendra conscience de ses troubles et problèmes et les assumera
pacifiquement et avec son libre arbitre et sa conscience, pour lui-même,
par lui-même. Il n'y a que cette paix qui peut nous sortir de notre conditionnement
et nous éviter de répéter ad infinitum nos "bêtises
humaines", jusqu'à l'extinction. Oui finalement, il y en a marre
de ces gens qui se prennent pour des redresseurs de tords avec leur conscience
pour eux, marre de l'hypocrisie des leaders qui exigent une conscience tout
en laissant entendre que la seule conscience acceptable est celle qu'ils préconisent.
Finalement, c'est une autre conscience qu'il faudrait promouvoir. Il s'agit
de dépasser les clichés archaïques de la conscience du bien
et du mal, du bon et du méchant, de la criminalité foncière
des êtres et de la "nature humaine" sans références aux manigances de la "bonne"
société, de la punition pour imposer les comportements souhaitables,
de la répression pour que les gens marchent droit. Il faut que les gens
acquièrent par leurs seules qualités propres, les outils d'une
vie satisfaisante et pleine, sans qu'une instance soi-disant supérieure
impose sa conscience, ses dogmes et ses comportements impératifs par
le truchement d'une armée et d'une police toute-puissante équipée
comme une brigade de grenadiers! S'il faut mourir, alors mourons pour un idéal
humaniste car ce monde est vraiment trop "bête" pour l'accepter
tel quel. N'ayons pas peur d'être terrasser par les forces immondes du
pouvoir pour démontrer l'absurdité de notre civilisation. Et qu'est
qui nous prouve que ces hommes armés sont effectivement "meilleurs"
que nous ? Et qui nous dit que cette société irait mieux avec
cette armée à la "bonne" conscience?
Nous sommes arrivés à un point crucial de notre évolution humaine
: soit nous continuons de réagir contre tous les dangers en renforçant
la défense militaire reptilienne auquel cas se sont des centaines de
milliards de francs qu'il faudrait dépenser pour rendre crédible
l'armée contre les nouvelles formes de guerres (par-ex: le terrorisme) et contre tous les dangers
de la nature humaine. Assurer ainsi cette "sécurité"
est sans garantie car nous ne serons jamais entièrement à l'abri
de la toute puissance des armes et des motivations guerrières, quelle
que soit la hauteur de ces dépenses, d'autant plus que cette politique
provoque et nourrit l'escalade des armes.
Ou soit nous avons le courage de nous impliquer dans le problème de sécurité
avec le sérieux que cela exige et de proposer des solutions simples et
possibles qui mettent en valeur notre possible humain et qui nous permettent
de nous assumer pleinement : la résolution pacifique des conflits, la
compréhension des phénomènes d'agressivité et de
violence chez les êtres humains, le travail dans les foyers de tensions
pour refaire les vies quotidiennes et pour rétablir les liens entre les
communautés en conflits, les aides à la reconstruction civile,
à l'apprentissage de nouvelles modes de vie, à l'éducation pacifique,
au renforcement tout ce qui promeuve l'approche pacifique entre les gens et
à l'établissement d'une véritable prise de conscience.
En conclusion, on cherche à faire de l'armée suisse un instrument
de sécurité sans s'être poser la question primordiale de
ce que c'est la paix car une "sécurité armée"
n'est pas un acte de paix, c'est un acte de guerre en un temps de tensions sociales.
Armée XXI va dans le sens d'une évolution militariste de la société
et pour cela, renforce l'idée morbide qu'elle qui pourrait "assurer
notre survie". On cherche à nous faire croire que la promotion de
la paix par l'armée, dans la lignée de la politique de sécurité
des pays qui nous entourent, est un acte de vraie Paix, alors que ce n'est qu'un
geste militaire de plus qui ne fait rien d'autre que de contraindre tout un
peuple de faire la seule possibilité de "paix" qui est ipso
facto imposée, sans que les raisons fondamentales pour lesquelles les
conflits éclatent soient résolues, sans que les raisons de la
violence soient élucidées.
Le vrai problème est que la justification pour les armes naît
d'une réaction affective à une peur inconsciente refoulée
et elles sont une réponse réactive à la crainte que suscite
en nous la violence de l'autre chargée de toutes les intentions imaginaires
les plus bases. Par ce type de raisonnement, nous démontrons aisément
que nous sommes des parfaits "réactionnaires", donc des bons
militaires paranoïaques et notre réaction à l'angoisse terrifiante
d'une agression fictive ressentie comme possible dans la réalité
telle qu'elle nous est assenée actuellement, est sûrement d'acheter
des armes sophistiquées en y ajoutant une bonne dose de conscience !
Mais ce n'est pas un argument satisfaisant pour promouvoir la paix. Si l'état
veut se défendre contre les agressions, il faudrait donc qu'elle axe
ses efforts non pas sur les moyens de contrer les risques d'invasion, à
coup d'armes et d'armée, mais sur les causes vraies de la maladie, à
savoir la violence et ses conséquences et la psychologie déficiente
des êtres. Tâche titanesque, on voit pourquoi, les esprits militaristes
ayant totalement monopolisés les mentalités. Agir uniquement par
des moyens militaires n'est qu'un palliatif : on ne s'en prend qu'aux symptômes.
On ne guérit pas une infirmité, une maladie chronique ou un cancer
avec de la morphine ou de l'aspirine, il arrive meme, que prise en excès,
elle tue le patient. La fin ne justifie pas n'importe quels moyens . . .
Cette façon de toujours vouloir justifier l'usage de la force par la
conscience armée est inquiétante. Toute la justification de l'armée
est construite autour de suppositions inconcevables ayant été
rendu crédibles en les inscrivant dans une Réalité-Fiction
droit sortie de la fantasmagorie paranoïaque des têtes pensants militaires!
Il est à craindre une incapacité notoire d'entrevoir, ne serait-ce
qu'un instant, une possibilité chez l'homme (générique)
d'évoluer d'un stade reptilien, avec sa conception armée pour
régler les conflits en détruisant l'autre, à un stade humain
où les rivalités se résoudront pacifiquement. Dans une
société pacifique et consciente, il n'est pas nécessaire
de s'inquiéter des extrémistes de tous bords car cette société
sera capable de régler ses problèmes avec l'apport de toute la
communauté. En effet, les conséquences des importantes tendances
de l'actuelle société qui cherche à résoudre ses
difficultés par la violence étatique institutionnalisée
(police suréquipée, répression judiciaire, armée anti-émeute), n'auront plus
cours, car les raisons qui ont incité l'éclosion de la violence
chez certains personnes auront disparues et une nouvelle conscience naîtra
des cendres chaudes de l'inconscience brisée des militaires.
Nous pouvons constater comment les militaires s'empressent de détourner
les idées pacifiques : chaque fois que les pacifistes énoncent
une théorie sur la paix, ils la récupérent et la resservent
pour donner une nouvelle conscience à l'armée pour faire accepter
leur "nouvelle armée XXI". C'est le sens même du discours
du cap. Juvet quand il proclame urbi et orbi «qu'il faut un haut degré
de conscience pour porter une arme».
Georges Tafelmacher
objecteur, pacifiste, antimilitariste
©G.Tafelmacher
Liens divers
- Igal Ezrati . . . «Nous n'irons pas la faire»
- A-Infos(fr) . . . Appel à soutenir deux objecteurs de conscience
- Libération . . . Palestine, 10 000 appels à la paix
- rebâtir la paix . . . Palestiniens et Israéliens, le moment de vérité
- Uta KLEIN . . . Université de Münster(D) : le discours militaire et la formation de la masculinité
- Terres Civiles . . . Centre pour l'action non-violente
Dossiers préparés par ©Georges Tafelmacher & SuisseForum
Le soldat et le poids de sa conscience
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DATE DE CRÉATION : 10.08.2005 - DERNIÈRE MODIFICATION : 10.09.2008
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