Le Militarisme
Dossier - LA DISCUSSION SUR L'ARMEE
Comprendre le militarisme - possible . . . vraiment ?
Peuple blindé dans des chars blindés
Le vrai problème est que la justification pour les armes naît
d'une réaction affective à une peur inconsciente refoulée
et que l'acquisition de ces moyens de "défense" est une réponse
réactive à la crainte que suscite en nous la violence de l'autre
chargée de toutes les intentions imaginaires les plus bases. Par ce type
de raisonnement, nous démontrons aisément que nous sommes des
parfaits "réactionnaires", donc des bons militaires paranoïaques
et notre réaction à l'angoisse terrifiante d'une agression fictive
ressentie comme possible dans la réalité telle qu'elle nous est
assenée actuellement (violence, drogue, bandes d'hommes armés),
est sûrement d'acheter 186 chars blindés !
Mais ce n'est pas un argument satisfaisant pour désamorcer et pour éliminer
les guerres. Si l'Etat veut se défendre contre les agressions, il faudrait
donc qu'elle axe ses efforts non pas sur les moyens de contrer les risques d'invasion,
à coup d'armes et d'armée, mais sur les causes vraies de la maladie,
à savoir la violence et ses conséquences et la psychologie déficiente
des êtres. Tâche titanesque, on voit pourquoi, les esprits militaristes
ayant totalement monopolisés les mentalités. Agir uniquement par
des moyens militaires n'est qu'un palliatif : on ne s'en prend qu'aux symptômes.
On ne guérit pas une infirmité, une maladie chronique ou un cancer
avec de la morphine ou de l'aspirine, il arrive même, que prise en excès,
elle tue le patient. La fin ne justifie pas n'importe quels moyens . . .
Nouvelles compréhensions du monde
Avec les changements sociaux en cours, les anciennes vérités
révèlent leurs limites et deviennent caduques. Les grandes découvertes
biologiques modernes démontrent que la vie n'est pas qu'un rapport de
force où la domination des forces du pouvoir et la loi du plus fort élimine
systématiquement le plus faible; actuellement les enseignements tendraient
à montrer que tous les aspects et configurations de la vie s'interpénètrent
et agissent entre eux d'une manière harmonieuse pour former des écosystèmes
vivants et évolutifs. C'est dans cette esprit que nous allons présenter
des textes et analyser leurs contenus. Il s'agit de comprendre le sens même
à donner à l'armée.
compilation : Georges Tafelmacher
Sommaire
Les Recrues - Demain, je commence l'armée
Enquête "Construire" N° 05, 01-02-2000
Ces leçons que l'armée nous donne
Grand branle-bas de combat, la semaine prochaine, pour quelques milliers de
jeunes Suisses: les écoles de recrues d'hiver commencent et avec elles,
le réel apprentissage des grandeurs et (petites) misères de la
vie militaire.
Les temps changent: il y a quelque trente ans, c'est d'objection de conscience
et de comités de soldats que Construire vous aurait entretenus. Les fronts
étaient alors tranchés, les idéologies compactes, les désaccords
exacerbés.
Aujourd'hui, la plupart des jeunes gens prennent les choses avec plus de philosophie:
l'école de recrues demeure pour eux un rite social dont il s'agit d'organiser
au mieux, sans douleur ni héroïsme, le passage.
Mais ces générations sont également devenues plus pragmatiques,
et par là même plus exigeantes aussi: tant qu'à passer quelques
mois sous les drapeaux, autant en tirer le meilleur profit et apprendre quelque
chose qui puisse ensuite servir. Vaste débat où souvent les attentes
sont énormes et les résultats modestes.
Plutôt que de s'en lamenter et de maugréer, pourquoi ne pas essayer,
malgré tout, d'en extraire du positif? Et de profiter de ces quelques
mois pour s'observer et observer comment une société humaine qui
ne s'est pas choisie réagit, mise qu'elle est sous toutes sortes de pressions?
En un mot: transformer ces quelques mois à venir en une leçon
appliquée de management de soi et des autres!
"Quelles gamineries"
Michel (prénom fictif), école de recrues de sanitaire à
Mouron.
Mon expérience
"Au départ, je n'étais pas foncièrement antimilitariste.
Je reconnais même que l'armée fait un effort pour se rendre moins
intransigeante.
Dans notre école de sanitaire, les questions de longueur de cheveux ou
de boucles d'oreilles ont ainsi été réglées avec
souplesse.
Mais il reste que, par rapport à mes attentes, mes quatorze semaines
m'ont déçu.
Il y a tout d'abord le désoeuvrement.
Soit des heures et des heures à ne rien faire ou passées à
jouer aux cartes, assis dans l'herbe.
Il y a ensuite le manque de rigueur et de précision dans le commandement.
J'aurais souhaité des objectifs mieux définis et moins de gaspillage,
y compris des deniers publics.
Quand je pense que, pour éviter de payer une facture, on est incité
à piquer le matériel manquant dans la compagnie d'à côté...
Quelles gamineries!
Enfin, même si l'on sait que, pour motiver les conscrits, seule prévaut
la politique du bâton et de la carotte,
il demeure très pénible de passer l'essentiel de son temps à
ne pas attirer l'attention sur soi."
Mes conseils
Ne pas se faire remarquer.
Se dire qu'on n'est pas là pour exercer des responsabilités.
Ne se faire aucune illusion sur les compétences des gradés ou
les buts à atteindre.
Entre zèle et je-m'en-foutisme, ne se forcer ni dans un sens ni dans
l'autre.
Enquête Construire
©Construire - Michel Danthe
" Corriger le tir ! "
Votre Opinion : Construire N°11, 14/03/2000, par M. Gilles Chavaillaz
réponse à l'interview de 4 recrues déçues par leur
service militaire parue dans le "Construire" n° 5 du 1er février - un dossier sur les écoles de recrues.
Instructeur militaire à la retraite, je lis régulièrement
et avec intérêt Construire. J'apprécie le choix de vos sujets
et l'attitude sagement mesurée de vos prises de positions. L'éditorial
du 1er février, intitulé "Ces leçons que l'armée
nous donne", a valeur d'exemple. Je n'en dirai pas autant du reportage
intitulé "Surtout soyez discrets". Il ne reflète pas
la réalité telle que je l'ai côtoyée pendant les
cinq dernières années de ma carrière (1976-1982), au cours
desquelles je me rendais périodiquement dans les écoles de recrues
de toutes les armes pour y contrôler l'instruction sanitaire donnée
aux recrues et aux cadres sanitaires. Cette instruction, soit dit en passant,
"passait" partout très bien, chacun étant conscient
de son évidente utilité, confirmé ouvertement par l'un
des quatre interviewés, Laurent Buffler.
Ces interviews mettent en scène quatre jeunes soldats ayant accompli
leur ER animés du souci constant d'en faire le moins possible. Pour faire
bonne mesure, ils "conseillent" ceux qui les suivront sous l'uniforme
sur la manière d'échapper à l'avancement. Le tort causé
peut être grand : en engageant leurs successeurs à faire ce qu'il
faut pour ne pas être "pointés", ils contribuent à
priver l'armée des cadres dont elle a besoin. Le peuple, qui a voulu
cette armée (1989), est en droit de la savoir bien commandée.
Il m'a d'ailleurs été possible de constater, en trente ans de
carrière, que parmi les sous-officiers contraints d'accepter le grade
de caporal, ceux qui ont regretté par la suite de s'être "laissé
faire" sont en très petit nombre et chez les officiers, les cas
de regret sont quasi inexistants. Lisant ces comptes-rendus, le lecteur de Construire
peu au courant de la réalité militaire peut être amené
à croire qu'entrer à l'armée, c'est se vouer aux galères.
En est-il pourtant ainsi?
Votre journaliste a choisi de se rendre dans deux écoles de recrues
sanitaires. Il ne lui aurait pas été difficile d'y trouver des
interlocuteurs valables, utiles pour la rédaction de son papier. Les
jeunes Suisses qui se font recruter dans les troupes sanitaire, le font, pour
la plupart et c'est normal, parce qu'ils veulent servir dans une "arme"
éminemment utile, tant au service militaire qu'au civil . . . ou au Kosovo.
D'autres se destinent à devenir infirmiers, d'autres encore, bien sûr,
médecins. Mais on y rencontre aussi, cela va de soi, des jeunes moins
motivés, pire hostile à 1'armée. Ils ont choisi les troupes
sanitaires comme un moindre mal ou pour ne pas avoir à affronter le tribunal
des objecteurs.
Votre journaliste a-t-il réalisé qu'en écoutant ces derniers,
il entendait la voix d'une minorité ? Que la majorité des recrues,
même sans se l'avouer, apprécient ce qu'elles font ? Qu'est-il
allé voir dans des écoles où l'on tire profit, pour l'enseignement,
des moyens de la technique moderne comme l'électronique ou l'informatique
! Il y aurait rencontré des "élèves" qui, tout
en apprenant à maîtriser leur arme ou leur appareil, goûtent
la même excitante tension qu'ils ont éprouvée en jouant
sur le clavier de leurs jeux électroniques. Il aurait pu le vérifier
facilement, par exemple, auprès des antichars de Chamblon, aux ER de
troupes blindées, de l'aviation, de la DCA, des troupes de sauvetage
et j'en passe.
Comment ne pas aimer actionner l'un de ces nombreux simulateurs de tir au fusil,
au canon, de conduite des chars et autres véhicules, des soins à
donner à des blessés, etc ? Dans une toute autre direction, il
aurait pu aller voir aux écoles du train si les recrues rechignent à
s'occuper du cheval. Je ne puis oublier la satisfaction que j'ai lue sur bien
des visages de jeunes soldats fiers d'avoir réussi tel ou tel travail
demandé lors d'une inspection.
Quant aux "ordres idiots", aux "gamineries" et autres gaspillages
de temps et de deniers de l'Etat, on ne saurait nier qu'il en existe. Mais il
faut, sans être fataliste, s'en remettre à l'histoire ancienne
et moderne. Des "alignés couverts" des hoplites d'Alexandre
le Grand aux cohortes impériales romaines (Le centurion ne se gênait
pas de punir ses "troufions" récalcitrants en leur infligeant
des amendes en sesterces !). Sautons les moeurs abondamment médiatisées
des Marines de l'armée américaine pour constater que tout au long
des millénaires, les hommes de troupe ont eu à subir ce que les
recrues interviewées par "Construire" ont pris et prennent
pour d'insupportables vexations.
Il faut en prendre son parti : ces petites misères sont le corollaire
incontournable de tout ce qui tend à créer de la discipline dans
un contexte où se côtoient sous le même toit de caserne des
centaines d'hommes vivant en commun du matin au soir, d'autant plus lorsque
l'on a affaire à de jeunes hommes de 20 ans en mal de défoulement.
On sait que l'indiscipline, chez des hommes armés, se paye abondamment
en sang versé. A n'en pas douter, les responsables de notre armée
sont conscients des nuisances provoquées par des exigences insuffisamment
réfléchies de la part de certains cadres. On oeuvre constamment,
à tous les échelons, à pallier les déviations et
à former des chefs sachant les éviter.
Cela m'amène à suggérer que Construire "corrige le
tir". Que des avis sinon contradictoires, du moins objectifs soient publiés
dans vos colonnes sur la réalité des écoles de recrues
d'aujourd'hui. Permettez-moi de le redire, elle n'est pas celle que reflètent
les pages de votre dossier.
©Construire et GILLES CHAVAILLAZ
" L'avis des Réfractaires ! "
Votre Opinion : Construire N°15, 15/04/2000, par M. Georges Tafelmacher
réponse à la lettre de cet ancien instructeur militaire
Cette très longue lettre nous permet de mieux cerner la mentalité
militaire et de comprendre à quoi nous avons affaire lorsque nous essayions
d'aborder le thème de l'armée d'une manière quelque peu
plus ouverte et "moderne".
Soyons réalistes, si la plupart des recrues suivent leur école
militaire obligatoire sans mot dire, c'est surtout parce que personne n'a envie
de faire de la prison ou passer pour réfractaire, ou pleutre, ou malade
mental, s'il lui prenait l'envie de contester ou refuser l'armée. Quant
à ces gens qui apprécient les faits d'armes et pour qui l'armée
est une "excitante tension", on ne peut que leur conseiller une thérapie
adéquate leur permettant de dépasser ces comportements puérils
et enfantins.
Mais le plus grave est atteint lorsque pour justifier les "ordres idiots"
bien réels, cet ancien instructeur fait appel à l'histoire très
ancienne. Nous devons en conclure que depuis 2500 ans, la mentalité militaire
n'a pas changer d'un poil et que les hommes peuvent être traiter de la
même manière aujourd'hui que dans ces temps anciens où le
respect de la personne n'existait tout simplement pas. Nous en concluons que
le fonctionnement mental de l'armée n'a pas évolué depuis
lors et toute la prose de M. Chavaillaz reflète cette horrible vérité
: qu'en nos temps de destruction mécanique massive (bombes atomiques
et biologiques), de haute technologie de mort (obus guidés), de moyens
militaires considérables (F/A-18, Léopard), se sont les mêmes
pulsions et intentions qui motivent les militaires de tous les temps et que
l'armée n'a tout simplement pas suivi l'évolution psychique et
morale de nos sociétés. Cependant, n'oublions pas que si au temps
d'Alexandre, les soldats (mercenaires payés) se battaient homme contre
homme dans des champs de bataille limités, de nos jours, avec la haute
technologie, un seul soldat peut tuer des millions de personnes et infliger
aux populations civiles et à leurs environnements des dommages énormes.
Il n'est simplement plus possible de croire à la pérennité
de l'armée dans les conditions d'engagement actuelles, ni de croire que
l'armée peut résoudre nos problèmes de société.
En fait, c'est cette mentalité "armée" qui a amené
ces problèmes et même qui les fait perdurer.
Parce qu'il ne faut surtout pas oublier que le but fondamental de l'armée
est d'apprendre à tuer, à résoudre les crises par la manière
forte et la dissuasion, à occuper un territoire en l'envahissant, à
bombarder, à détruire, à s'imposer, à dominer, à
tirer des coups, bref, à commettre toute une série d'actes qualifiés
de criminel au civil. Et ce n'est pas en "prenant son parti sans être
fataliste" ou avec de la discipline que ce but deviendrait "normal",
ce n'est pas parce qu'on est derrière un clavier où l'on peut
impunément tirer en "simulation" que ce but reste sans conséquence
sur la représentation que le jeune se fait de la vie, de la société
et des autres et surtout sur sa santé mentale.
M.Chavaillaz demande à ce que vous publier des avis contradictoires,
du moins objectifs sur la réalité de l'armée d'aujourd'hui.
Permettez-moi de refléter l'avis des réfractaires et objecteurs
nullement présent dans votre dossier.
©Construire - G.Tafelmacher
La suite de la Discussion
entre un ancien instructeur militaire et un objecteur de conscience
Gilles Chavaillaz (ancien instructeur militaire) : Permettez-moi de vous livrer quelques réflexions susceptibles d'alimenter le débat en général et les discussions au sein de votre Groupe. Mais, auparavant, je dois vous avouer que je ne suis pas au clair sur vos intentions. Il me semble y avoir une certaine confusion entre, d'une part, les arguments que vous avancez pour désarmer la Suisse et, d'autre part, l'exposé de vos thèses sur la non-violence à l'échelle universelle.
Georges Tafelmacher (pacifiste au GSsA) : Mes intentions sont très claires : nous nous efforçons d'amener les gens à une autre vision de la vie et une autre façon de résoudre les problèmes de rivalité par la résolution pacifique des différends, donc les rivalités, entre les hommes; de travailler à la construction communautaire faite par le regroupement d'individus par consentement mutuel et de chercher la revalorisation de la psychologie et la compréhension des véritables causes de la violence. L'armée est le bras fort du pouvoir, de l'Etat et de la nomenclature et pratiquement elle est le seul moyen classique de répression de la violence toujours à l'oeuvre aujourd'hui. Elle est aussi l'élément le plus susceptible à être changer, à subir la remise en question de nos choix de sociétés. De fait, son abolition est un puissant symbole représentant le travail intense fait pour l'avènement d'une société non pas sans rivalités mais dont les conflits sont résolus à l'amiable.
G Chav : J'élèverai donc le débat, non sans faire remarquer au préalable que nous Suisses, nous sommes en bonne compagnie. Nous avons à nos côtés des démocraties avancées fort semblables à la nôtre possédant toutes une armée. Parmi ces démocraties, la modeste Finlande s'est dotée peu avant nous d'un nombre deux fois supérieur de FA/18 ; ou celle de la Belgique, des Pays-Bas, du Danemark, des pays scandinaves, toutes insoupçonnables sur le plan du bellicisme.
G Taf : Ce n'est pas parce que les pays qui nous entourent ont estimé qu'il fallait s'armer que nous sommes obligés de suivre. L'existence de l'armée est en soit est un signe de bellicisme quelle que soit la justification morale qu'on peut donner pour valoriser ses actions ou les nouvelles missions civiles qu'on désespère de lui trouver.
G Chav : Néanmoins, elles possèdent toutes une armée, très certainement pour d'autres buts que ceux consistant à "occuper un territoire en l'envahissant, à bombarder, à détruire, à s'imposer, à dominer, à tirer des coups", selon vos dires.
G Taf : Le problème est là : l'armée n'a pas d'autres
buts que celui qui consiste à pacifier par la contrainte et la menace,
par la dissuasion et l'occupation des territoires, tous les autres buts qu'on
veut attribuer à l'armée, n'ont rien à voir avec sa définition
même. Il est à dire et à répéter que le seul
but de l'arme est de tuer et que l'armée s'est donnée le droit
de les manier. L'arme est une caractérisation de son pouvoir. Dans toutes
les instructions militaires, l'entraînement est axé sur l'occupation
d'un territoire (le sien ou celui du voisin) par la force et cela quel que soit
l'état de la démocratie, même malgré une démocratie
avancée.
G Chav : Dans la manière d'instruire les soldats, dans la marche du
service émaillée "d'ordres idiots", pensez-vous que
cela soit mieux dans les casernes d'Oslo ou de Lisbonne que dans celles des
Vernets ou de Moudon ?
G Taf : Comparaison n'est pas raison. L'importance est d'inculquer le comportement
militaire au gros de la population et de le faire dans le respect des droits
de l'homme n'enlève rien au fait qu'un conditionnement militariste a
été opéré (obéré) sur un individu
sans son consentement et sous la menace d'emprisonnement. Le soldat est conditionné
pour pouvoir donner la mort, sans réflexion, ni sensiblerie. C'est le
rôle du militaire et son unique fonction. Toutes les autres missions qu'on
lui trouve pour le rendre "utile" sont, en réalité,
des missions civiles et doivent rester l'apanage des instances civiles et attachées
à la population et sa volonté.
G Chav : Connaissant les efforts incessants que notre commandement déploie
pour que les cadres de l'armée agissent au mieux et dans le respect de
la personne, observant ce qui se passe ailleurs, j'ai de bonnes raisons de croire
que nous sommes bien classés dans l'échelle des valeurs.
G Taf : Votre classement me paraît tout à fait incongru dans une
institution par vocation "obligatoire" où, de votre aveu, l'instruction
se fait au travers les "ordres idiots" qui sont par essence, le moyen
pour rendre l'homme moins sensible et capable de tuer lorsqu'il en reçoit
l'ordre. Et cela n'est absolument pas compatible avec le respect des droits
de l'homme. Enseigner à tuer est déjà en soit contraire
au respect de la personne.
G Chav : Ne parlons pas de la Russie, où les mères manifestent
contre les mauvais traitements infligés à leurs fils dans les
casernes, où le nombre de suicides prend d'inquiétantes proportions.
Les jeunes gens de Sparte ont dû être mieux traités que les
jeunes Russes qui, à l'école déjà, s'entraînent
à la course avec kalachnikof en bandoulière et masque à
gaz sur la figure (entendu récemment à la RSR). A Moscou, donc,
l'école, terreau de la société civile, n'a pas changé
d'un poil depuis Sparte.
G Taf : Ce n'est pas parce que nous serions moins enclins à faire subir
des mauvais traitements à nos fils que votre armée serait moins
critiquable. Ici en Suisse, c'est pire, car les cours de jeunes tireurs commence
à l'âge scolaire déjà et que c'est à l'armée
qu'échoit d'être le terreau de la société civile
et cela non plus, n'a pas changé d'un poil depuis Sparte. Le nombre de
suicides prend d'inquiétantes proportions en Suisse aussi, sans que l'armée
ait besoin d'imposer des entraînements démentiels aux jeunes.
G Chav : Venons-en donc au corps du sujet. L'effet recherché par le
GSsA, comme par l'humanité toute entière, c'est bien sûr
la paix. Le GSsA voit la cause de l'absence généralisée
de paix dans la diffusion d'armes, d'armées, de soldats, ce qu'il faut
donc abolir. . .
G Taf : C'est faux ! Le GSsA voit dans la diffusion et l'utilisation d'armes
les symptômes d'une problématique dont l'absence de paix n'est
qu'une des conséquences. L'abolition des armes n'est qu'une façon
d'entrer en matière pour remettre en question cette manière archaïque
de résoudre les problèmes humains. L'arme est un vecteur de la
violence.
G Chav : Pour analyser ces problèmes en profondeur, on peut se servir
du schéma RIVALITÉS = HOSTILITÉ = CRUAUTÉ -
à travers cette gradation naturelle apparaît la véritable origine
de la violence. L'arme et les armées n'interviennent pas a priori. Elles
ne sont que la conséquence logique de la loi naturelle. Vous l'avez appris
comme moi en classe de philosophie : les rivalités font partie de la
Nature. Le genre humain n'y échappe pas plus que tout le règne
animal et même le règne végétal. Chez l'homme, elle
apparaît dès le berceau et perdure toute la vie.
G Taf : Dans ma classe de philosophie j'ai appris que les rivalités
étaient le propre de l'homme nées qu'elles étaient dans
la violence de son inconscient, rempli de peurs de d'angoisses. Dans la nature,
les seules expressions dévastatrices des rivalités se sont ceux
des hommes. En réalité, dans la nature, la rivalité n'existe
pas et ce que nous observons lors des circonstances bien précises que
sont la défense d'un territoire où il n'y a qu'intimidation et
démonstration de force et les périodes de reproductions où
la loi du plus fort se manifeste dans des simulacres de "combats",
n'est rien autre que l'agressivité sainement exprimée. En effet,
l'autre n'est jamais tué, assassiné, détruit, casser, envahi,
emprisonné. Quand il aura vieilli et sera moins fort, ce sera au tour
de l'autre d'exercer sa force. La violence entraîne la violence, quel
que soit son bord. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise violence, tout emploi
de violence a des conséquences lourdes de menaces qui rend la situation
encore plus périlleuse et explosive.
G Chav : Oui mais, depuis la rivalité Caïn - Abel jusqu'à
celle des Serbes - Kosovars, il y a continuité constante. Il n'existe
pas plus de moyens d'exclure les rivalités entre les hommes que d'empêcher
que survienne un tremblement de terre.
G Taf : Bien sûr qu'il y a un moyen tout trouvé : non pas d'exclure
mais de remonter aux causes de cet esprit de rivalité, voir au delà
des justifications triviales des rivalités et comprendre ce qu'il y a
dernière nos motivations. La rivalité naît de sentiments
strictement humains basés sur des problèmes psychologiques eux-mêmes
nés d'inhibitions, de refoulements, de peurs et d'angoisses psychiques
bien réelles. Les rivalités ne sont que les sous-produits d'une
déviation destructive de notre énergie vitale. Pour les perpétuer,
il suffit de les inscrire dans la "continuité constante" de
la réalité. La véritable origine de la violence se trouve
dans nos inconscients inhibés et n'a rien à voir avec une "loi
naturelle". Tout cela est le plus pur produit de la psychologie humaine
et de son conditionnement social.
G Chav : A mon sens, ce sont les religions qui sont le mieux à même
de glisser un coin salvateur entre les maillons du trinôme fatal. Moïse
et le Décalogue, la Révélation chrétienne, la religion
du prophète Mahomet (qui n'est pas celle des intégristes islamistes
d'aujourd'hui), mais aussi le bouddhisme et d'autres religions asiatiques apparentées
délivrent avec constance leur message de paix aux "hommes de bonne
volonté". Le christianisme, notamment le catholicisme sous l'influence
prodigieuse des papes de notre époque, est aujourd'hui la force principale
d'opposition à la violence. Le commandement fondamental de la doctrine
chrétienne, celui de l'Amour ("Aime ton prochain comme toi-même
- Tends la joue gauche - Que celui qui n'a jamais péché jette
la première pierre") passe mieux de nos jours et fait oublier les
déviations coupables du catholicisme au Moyen Âge, ceux des Croisades
et de l'Inquisition. L'Islam vit une ère de tragédies, plus cruelle
encore, me semble-t-il, que celle de l'Inquisition. Alors que le message du
Prophète approche de très près celui du Christ (amour du
prochain, tolérance), les rivalités entre musulmans, ainsi qu'entre
musulmans et chrétiens (Algérie, Soudan, Timor ou hindouistes)
revêtent de nos jours un caractère de cruauté particulièrement
révoltant.("Lapidez, tuez la femme adultère") ou encore
: "Tuez les infidèles, tuez le croyant qui abdique la foi islamique").
Voyez l'intégrisme algérien, afghan, indonésien, soudanais
etc.
G Taf : Les religions sont à elles seules les plus grandes fautrices
de guerres avec leurs absolutismes, leurs impératifs catégoriques,
leurs hiérarchisations de l'humanité, leurs morales discrétionnaires,
leurs divisions des hommes entre les bons et les mauvais, leurs règnes
par la peur du péché et de la punition et par le chantage affectif
pour le contrôle absolu de l'âme humaine. Les morts par fanatisme
religieux de bonne foi dépassent de loin toutes les autres causes de
mort.
Quant-à la religion du christ, quel magnifique détournement et
mesinterprétation de ce qui aurait du être le départ d'une
autre philosophie et manière de voir l'homme et ses cheminements sur
terre, basée sur la capacité d'intelligence des êtres humains.
Mais tout à été fait pour récupérer et détourner
cette théorie pour pouvoir perpétrer la domination sur les gens
et de la manière la plus grossière : le chantage affectif par
ce dieu qui exigerait de l'aimer parce qu'il a fait torturer et mettre à
mort dans une agonie épouvantable son "fils adoré" !
dont la souffrance est censé expier nos "péchés".
Peut-on être étonné qu'après cela, il y ait des explosions
de violences, "des déviations coupables" ?
G Chav : Si le Pacifisme et le GSsA veulent atteindre le noble but de la paix
universelle, il faudrait donc qu'ils axent leurs efforts non pas sur les moyens
d'exercer ou de contrer la violence , à savoir les armes - toutes les
armes, à commencer par la fronde de David ! - et les armées, mais
sur les causes vraies de la maladie, à savoir les rivalités et
leurs conséquences. Tâche titanesque, on a vu pourquoi. Agir uniquement
sur les moyens n'est qu'un palliatif : on ne s'en prend qu'aux symptômes.
On ne guérit pas une infirmité, une maladie chronique ou un cancer
avec le l'aspirine. Il arrive même que, prise en excès, elle tue
le patient.
G Taf : Vous jouez sur les mots : la fronde de David était d'abord un
moyen pour avoir à manger ! Elle s'est transformée en arme par
nécessité devant un Goliath à une époque où
la guerre sévissait et où donc toutes choses deviennent des armes,
même les plus petits cailloux, poux ou choux . . .
Si l'Etat veut se défendre contre les rivalités, il faudrait donc
qu'elle axe ses efforts non pas sur les moyens d'exercer ou de contrer la violence,
à savoir les armes et les armées, mais sur les causes vraies de
la maladie, à savoir les rivalités et leurs conséquences.
Tâche titanesque, on a vu pourquoi, les militaristes ayant monopolisés
les mentalités. Agir uniquement par des moyens militaires n'est qu'un
palliatif : on ne s'en prend qu'aux symptômes. On ne guérit pas
la violence, les rivalités ou une dégénération sociale
avec l'armée. C'est la même chose, il arrive même que, prise
en excès, elle tue le patient.
G Chav : Puisque j'ai pris la parole pour vous répondre, vous ne renoncerez pas à faire droit à cette demande de me faire connaître l'avis des pacifistes sur ce qu'il aurait été ou serait préférable de faire plutôt que d'employer la force armée dans des situations tiré de la réalité.
G Taf : Une nouvelle dictature est en marche, celle de la seule vérité vraie de ce qui "relève du sens commun", c'est à dire la "réalité de notre monde" telle quelle est assenée par ces politiciens opportunistes qui manient adroitement les peurs des lendemains qui déchanteraient pour justifier leur armée et leurs façons d'empoigner les problèmes de nos sociétés soi-disant "développées"
G Chav : Certes, vous pourrez me répondre que si le monde avait épousé les thèses du pacifisme et du GSsA, les problèmes que je soulève avec des exemples concrets ne se seraient jamais posés. Seulement voilà : ils sont la réalité et nous devons vivre avec : «Primum vivere, deinde philosophari». Me répondrez-vous autrement ?
G Taf : Oui, bien sûr, mais je n'accepte pas de faire l'inacceptable juste parce qu'autour de moi, la réalité est moche . . .
G Chav : Le David tibétain n'avait pas de fronde. Le Goliath chinois n'en a fait qu'une bouchée mais quelle saccage ! On veut l'anéantissement pur et simple de la l'âme et de la culture inoffensive d'un peuple pacifique. Y a-t-il le moindre espoir que La Chine se laisse un jour convaincre par les thèses généreuses des pacifistes ?
G Taf : S'ils n'avaient eu ne serait-ce qu'une seule fronde, le prétexte aurait été tout trouver pour les bombarder jusqu'à l'extinction, comme à Grozny. Mais opposant une face "pacifiste", le Tibet a quand même réussi à garder une partie de son âme et culture, malgré l'oppression. La Chine, dont les anciens philosophes avaient une vision entièrement pacifiste et harmonieuse du monde, est très prête à écouter tout ce qui peut la profiter, on en est déjà à une idée de province autonome . . .
G Chav : A Sarajevo et à Srebrenica , des "snippers" passaient
leur temps à "faire des cartons" sur les femmes et les enfants
se rendant à l'école ou au marché. Sous la pression populaire
occidentale, outrés par tant de cruauté, on chargea le général
français Morillon d'aller faire cesser ces horreurs. Il y alla, flanqué
de chars et de canons ; il a élevé la voix et, sans tirer un seul
obus, il a convaincu les Serbes de mettre un terme à ces actes barbares.
Le fait d'avoir "montré sa force pour ne pas avoir à s'en
servir", selon le vieil adage tant de fois justifié au cours de
l'Histoire, a obtenu un résultat d'apaisement qui dure encore aujourd'hui
en Bosnie. La détestable mentalité "armée" française,
dans toute sa pérennité, n'est-elle pas la cause directe du sauvetage
des mères et des écoliers de Sarajevo et de Srebrenica ?
G Taf : Pour que des snippers puissent agir aussi impunément, il a fallu
que la situation se dégrade jusqu'à l'état de guerre civile
généralisée. Que ce Morillon, militariste malgré
son affichage humaniste, ait fait son travail guerrier, quoi de plus normal.
Qualifier l'état qu'il a contribué à installer de "paix"
est présomptueux car la plupart des tensions inter-ethniques perdurent
au point qu'une étincelle peut tout faire sauter. Avoir montrer sa force
équivaut de mettre un couvercle sur cette marmite et tous les experts
balkaniques sont d'accord d'admettre que l'occupation de l'armée de l'ONU
non seulement ne règle rien mais en plus empêche de trouver des
solutions populaires. D'après des amis fortement engagés à
Sarajevo, il existe une véritable mafia qui sévit à tous
les échelons du pouvoir et de l'armée et la présence de
l'armée n'y peut rien. On a peut-être sauver les mères des
tirs des snippers mais maintenant elles sont quotidiennement à la merci
des conséquences directes des manigances mafieuses.
G Chav : Quelle solution autre que celle du général Morillon aurait été en accord avec la doctrine pacifiste ?
G Taf : Aucune, il s'agit d'un acte de guerre perpétré en temps
de guerre, avec toute la mentalité propre à la guerre.
Pour que la doctrine pacifiste puisse être une solution, il aurait fallu
laisser faire les bonnes volontés. En effet, des pacifistes agissant
comme Gandhi dans ces actions à haut risque, rassemblerait des milliers
de personnes de tous les bords en un groupe homogène et compacte et dernier
des boucliers, avancerait sur le bâtiment d'où tire le snipper,
investirait les premiers étages et isolerait le dernier niveau où
se situe le snipper et l'assiégerait dans l'attende que, soit que le snipper
se retourne l'arme contre lui-même car trop fier pour se rendre, soit
qu'il se rend auquel cas, puisqu'il a tiré sur des civils, il serait
immédiatement placé devant des juges agréés et juger
pour ce crime contre la population.
G Chav : Les massacres d'Algérie perdurent dans leur horreur. Les causes
semblent être le désaccord entre l'Islam intégriste et la
politique du gouvernement et la crainte de voir la pureté de la foi islamique
polluée par l'occidentalisme. Le gouvernement algérien, faute
de mieux, tente tant bien que mal de venir à bout de ceux qui tuent aveuglément
en engageant des soldats contre eux.
G Taf : Comme nous pouvons le constater, l'horreur a mille facettes. En effet,
le pouvoir a provoqué et utilisé la réaction intégriste
pour justifier le quadrillage militaire du pays et l'assise du pouvoir chancelant
en quête de légitimation. Un rapport des Droits de l'Homme de l'ONU
démontre que le pouvoir et l'armée sont tous aussi impliqués
dans les attentats que les terroristes islamiques et la détérioration
du cadre de vie dans ce pays était le prétexte tout trouvé
pour imposer une loi martiale et le déploiement de l'armée et
d'une police suréquipée. C'est plus qu'un simple désaccord,
c'est la recherche du pouvoir et le contrôle de la population qui sont
les causes de ces tragédies. Sur les cendres de la Guerre d'Algérie,
la braise fume encore et l'engagement de soldats ne fait que de jeter de l'huile
sur le feu . . .
G Chav : Les pacifistes voient-ils un autre moyen ?
G Taf : Evidemment, nous voyons même des multitudes d'autres moyens !
D'abord renforcer l'avènement de femmes dans le parlement algérien,
ensuite, laisser les imams continuer leur travail d'aide sociale dans les quartiers
et villes défavorisés, laisser la société civile
trouver ses marques et ses repères et travailler sur la résolution
pacifique des conflits par l'engagement de toutes les bonnes volontés
déjà à l'ouevre dans tous les milieux même chez les
religieux . . .
G Chav : Hélas, il y a dans votre argumentation de trop nombreux "yaka,
yavèka, yavèkapa". Pour sauver l'Algérie, dites-vous,
"yaka" renforcer l'avènement des femmes dans le parlement algérien.
Et si les fondamentalistes, comme on doit s'y attendre, s'opposent à
la promotion de la femme musulmane comme étant contraire au Coran ? Prétendre
imposer cette vue de l'esprit à des gens qui font métier, jour
après jour, de tuer à tour de bras, et encore au nom d'Allah,
"le Tout Puissant, le Miséricordieux", est-ce bien raisonnable ?
G Taf : Vous m'avez finement piégé ; en me demandant de répondre à vos questions, vous saviez bien que je ne pouvais répondre que par des argumentations de ce type. Me reprocher dès lors de trop nombreux "yaka, yavèka, yavèkapa" est vraiment trop facile est dénote bien cette volonté de démolir l'autre par tous les moyens.
G Chav : Quelle désinvolture face au drame de la population de Srebrenica ou de celle du Tibet ! "Yaka" dialoguer avec Mao ou ses successeurs ! Avec les Chinois, il va bien s'écouler un ou deux millénaires jusqu'à ce qu'ils prennent langue avec les pacifistes en général et le GSsA en particulier . . .
Pour les Tibétains exilés, d'après vous, "yaka s'y faire". Après tout, on a quand même pu sauver quelque chose de l'âme et de la culture tibétaine, n'est-ce pas ? Si vous n'appelez pas ça de la cruauté . . .
G Taf : . . . avant l'emploi de la force armée, il faudrait déjà
une ANALYSE fouillée des situations, comprenant : les genèses
du conflit, les sentiments exprimés de part et d'autre, la reconnaissance
des parties en conflit, les rancunes, les tensions, les casus belli . . .
G Chav : Par convoitise ou par nécessité, l'Irak envahit le territoire
de son riche voisin. On a fait comprendre au maître de l'Irak que s'il
ne mettait pas un terme à cette violation de la propriété
d'autrui et ne faisait pas rentrer son armée sur son territoire national,
on aviserait. On a si bien avisé que l'Irak a été mis à
feu et à sang et que ses bébés meurent aujourd'hui par
millions des suite de l'embargo. Saddam a tenu bon, persiste et signe . . .
G Taf : Quel saisissant raccourci historique !
L'histoire de l'Irak, berceau des civilisations, n'est qu'une très longue
succession d'invasions, de domination et de conquête par les Sassanides,
les Arabes, les Turkmènes, les Mongols, les Ottomans et enfin les Anglais.
Lors du traité anglo-irakien de 1930, l'accès à la mer
Persique était spécifié, mais à la fin de l'occupation
britannique en 1958, au lieu de cet accès, le protectorat anglais créa
en 1961 l'état du Koweït, avec à sa tête des cheikhs
à la botte des anglais et des compagnies pétrolières, privant
ainsi l'Irak de cet accès maritime. Une première guerre Iran-Irak
(1980) avait pour but principal de garantir un étroit passage par le
Chat al'Arab et les Américains, fâchés par la révolution
islamique iranienne, ont massivement fourni des armes à l'Irak, dans
l'espoir de mettre à bas l'Iran et de s'assurer l'approvisionnement de
pétrole. A la fin de la guerre, l'Irak a tout perdu et se trouva sans
port. Des discussions ont eu lieu avec les Koweïtiens mais devant leur
refus obtus d'un laisser passer et malgré une autoroute construite par
l'Irak, profitant d'une brèche dans le pouvoir koweïtien, les Irakiens
en 1990, pensant que les Américains seraient en leur faveur, rentraient
au Koweït sans effusion de sang et proclamèrent l'annexion d'un
pays qui n'aurait du être qu'une province de Bagdad. Mais les Américains,
réconciliés avec l'Iran, ont immédiatement menacer de bombarder
l'Irak et toute la discussion à l'ONU n'était faite que pour justifier
l'acceptation de l'état de guerre et le bombardement de ce pays. Il n'y
a eu à aucun moment des discussions de résolution pacifique du
différend, c'était d'emblée la menace de bombardement et
rien d'autre car le père Bush voulait SA guerre.
G Chav : En lieu et place de "Desert Storm", qu'auraient proposé les pacifistes pour éviter cette horreur?
G Taf : L'horreur aurait pu être éviter si les Américains
avaient un peu moins penser à leurs intérêts propres et
si la communauté internationale avait été un peu plus prête
à écouter le problème irakien et à promouvoir un
arrangement avec le Koweït, état artificielle et prétexte
s'il en est. Mais ils ont voulu la guerre et ils l'ont eu. Dix ans après,
que peut-on encore justifier lorsqu'on sait que les Américains ont utilisé
des munitions à l'uranium recyclé qui ont contaminé non
seulement le pays mais aussi 10'000 de ses propres soldats!
G Chav : On a réuni Serbes, Kosovars et représentants occidentaux
autour d'une table. La conférence échoua et une catastrophe épouvantable
s'abattit sur les malheureux kosovars, chassés de chez eux après
avoir été brimés, frustrés, martyrisés pendant
des années, avoir vu leurs maisons détruites d'abord par des forces
serbes impitoyables, puis par les bombardements de l'OTAN.
G Taf : L'histoire se répète et la conférence de Rambouillet
qui n'avait pour thème que la menace de bombardement de la Serbie, était
programmée pour échouer car là de nouveau, ils ont voulu
la guerre et ils l'ont eu. A aucun moment un règlement à l'amiable
était proposé, aucune proposition de résolution pacifique
des conflits rentrait en considération. Les Serbes ont été
accueillis comme des méchants et traités comme tels, ils se sont
bloqués devant l'intransigeance américaine et ont refusé
un accord complètement unilatéral, à leur détriment.
La catastrophe épouvantable qui s'abattit sur les malheureux serbes,
kosovars et albanais est tout autant la faute des alliés qui, depuis
la mort de Tito, n'ont rien fait pour la réconciliation des peuples balkaniques
et ont laissé faire une situation explosive, permettant à un nationaliste
Milosevic de prendre le pouvoir et de le garder.
G Chav : Quel rôle aurait pu jouer le pacifisme pour parvenir autrement que par le langage des armes au résultat d'aujourd'hui, certes peu brillant, mais réel ?
G Taf : Je suis très à l'aise pour répondre car la Brigade de Paix Internationale, à laquelle le CMLK est associé, a joué un grand rôle dans l'approche communautaire, d'un "vivre-ensemble" en Bosnie, au Kosove et même en Serbie, où nous avons travaillé au sein des quartiers (Sarajevo) pour promouvoir la résolution pacifique des conflits. Ce sont de petits résultats, mais réels dans la réconciliation entre ces peuples.
G Chav : GSsA exclut de l'avenir de la Suisse la vision de toute rivalité violente avec qui que ce soit susceptible de lui nuire.
G Taf : C'est une très mauvaise interprétation de nos visions d'avenir. Nous prétendons pouvoir s'occuper des rivalités avant qu'elles en deviennent, avant que la violence s'installe, en permettant l'expression des forces qui amènent cette rivalité par une saine compréhension des problèmes, des jeux rituels, des explications franches à tout moment, des tables rondes ouvertes où les contraintes, les discussions à sens unique ou truquées, les manipulations de corridors, les chantages de toutes sortes, les charismes, les dominations de personnes fortes ne peuvent avoir lieu, un véritable respect de l'autre et une compréhension de ce qu'il essaie de dire . . .
G Chav : C'est comme s'il disait que si l'on sait s'y prendre en diplomatie, il n'y a rien à craindre. Il faut donc arrêter "d'apprendre à tuer".
G Taf : (rire-jaune!) Il faut d'abord apprendre à transcender l'instinct réactif de tuer pour résoudre ses problèmes.
G Chav : Pour le GSsA, la Suisse n'est pas, ne sera jamais l'Algérie ou le Kosovo ; nos villes ne subiront jamais le sort de Grozny ou de Srebrenica. Il pense peut-être qu'en appliquant consciencieusement le «Cedant arma togae» des Romains, nos diplomates sauront si bien s'y prendre que les Suisses n'auront jamais d'autres rivalités à craindre que celles qui agitent leurs partis politiques.
G Taf : Le GSsA pense que si nous sommes capables de voir les tensions avant que celles-ci ne deviennent critiques, de les prendre en compte déjà au début des rivalités, la Suisse ne sera jamais l'Algérie ou le Kosovo ; nos villes ne subiront jamais le sort de Grozny ou de Srebrenica. Il pense qu'en appliquant consciencieusement le "Travailler pour la Paix" des pacifistes, nos diplomates pourront s'y prendre de sorte que les Suisses n'auront jamais à subir des rivalités destructives.
G Chav : Vraiment . . . ?
G Taf : Oui, vraiment, par la résolution pacifique des conflits dont nous admettons l'existence, la Suisse peut espérer s'habiller d'une toge . . .
G Chav : Pardonnez-moi cette incongruité peu en harmonie avec la gravité du débat qui nous occupe, mais les efforts du GSsA et ses espoirs me font irrésistiblement penser à la sublime réplique que Beaumarchais a mis dans la bouche de Cyrano : «C'est bien plus beau lorsque c'est inutile»
G Taf : Les efforts de nos dirigeants pour armer la Suisse, en justifiant l'armée par son "utilité", nous disent long sur la laideur de l'armée . . . d'où la réplique qui me vient dans la bouche : «Mieux vaut être beau et inutile que laid et utile» ! A voir la laideur repoussante d'un char Léopard soi-disant si utile à notre défense nationale, je préfère quand même la beauté inutile des pacifistes qui eux essayent au moins de faire quelque chose pour que l'humanité avance en intelligence, compréhension et empathie !
G Chav : (soupire!) . . .
G .T. : Et dépasse la réaction primaire de cogner . . .
G.C. : A votre aise ! Peut-être appliquerez vous ce brillant décasyllabe à ce que je vais vous dire maintenant. Si l'on peut, sans risque de se tromper, tenir pour certain que les conflits surgiront à l'avenir aussi inévitablement que les tremblements de terre, alors il ne faut pas seulement des idées pour se protéger de leurs effets. Il faut construire solidement, il faut avoir en main un outillage adéquat et performant pour intervenir dans l'un et l'autre cas.
G Taf : Et moi je vais vous dire maintenant, à vous l'ancien instructeur militaire, que la paix se construit d'entente avec les populations et avec leur participation entière ! Et les seuls outillages adéquats et performants pour intervenir dans l'un et l'autre cas, ce sont - l'empathie, l'amour, le respect et la compréhension ! Toute forme d'intervention armée ne peut apporter qu'une aggravation de la crise et une escalade de la violence. Mais peut-être, sans vouloir manquer de respect à votre égard, n'est-ce pas ce que vous vouliez, inconsciemment . . .
©G.C. et G.T.
La Dernière Défense
Email de l'argumentation ultime du 13 Avr 2000
La fureur des hommes et le cri des mères !
Dans un débat contradictoire sur la non violence auquel j'assistais
il y a quelques années, l'un des vôtres défendait l'idée
qu'il préférerait mourir sans arme à la main plutôt
que de défendre son prochain lorsqu'il sera menacé dans son intégrité
par des êtres violents non contrôlés. Au coeur du débat
contradictoire passionné, après la déclaration de non assistance
à personne en danger proférée par votre frère pacifiste,
un cri déchirant, un cri aux accents de désespoir, a jailli du
fond de la salle à l'adresse de votre frère en pacifisme. Il émanait
d'une femme, mère de famille :
" Mais vous n'avez donc pas de coeur ? "
Le cas est à rapprocher de l'image de cette mère algérienne,
qui a fait le tour du monde par médias interposés, une femme dont
le visage exprime une souffrance indicible après l'assassinat de tous
ses enfants égorgés par des islamistes. Quelle est la conscience
qui peut tolérer que l'on renonce à utiliser tous les moyens en
mains d'hommes compatissants pour lutter contre cette immonde cruauté ?
Il n'est rien de plus beau, de plus grand, de plus pur, de plus généreux
que le coeur d'une mère.
Que le pacifisme selon le GSsA ne reconnaisse pas le droit si naturel d'une
mère à voir ses enfants défendus par tous les moyens est
incompréhensible pour le commun des mortels. Nous rejoignons ici les
aspects physiologiques du cerveau humain, semblable à celui de la femelle
animale qui défend ses petits. La patte de la lionne ne cherche peut-être
pas à tuer l'agresseur, mais elle ne se pose pas la question. Elle frappe.
L'Homme est un "animal raisonnable, composé d'un corps et d'une
âme", mais le mot "animal" (lat. animale, être animé,
vivant) figure en bonne place dans la définition. Emporté par
la fureur guerrière, l'homme n'est plus cette créature raisonnable
créée par Dieu comme tel ; littéralement : il n'est plus
possible de le raisonner. Il agit comme un animal, dont certaines espèces
tuent non pas seulement pour se nourrir, mais pour obéir à Dieu
sait quelle pulsion destructrice.
* * * * * * * * * * * * *
Je vais donc cesser ce jeu de renvoi de balles réciproque, qui ne peut
que mener à la dispersion et au rétrécissement des idées
; qui va s'étirer en longueur si je n'y prends garde. Les réflexions
que je vous ai livrées, les tableaux que j'ai peints pour vous ci-dessus,
doivent suffire pour vous faire comprendre pourquoi je me range, avec la majorité
des Suisses, du côté des vrais pacifistes. Ils ont nom, de nos
jours, Deiss, Brunner, Kellenberger, à qui il faut ajouter celui du père
fondateur du GSsA, Andreas Gross, qui vient de les rejoindre dans leurs convictions.
Ils utilisent leur intelligence et leurs grandes capacités de négociateurs
pour parvenir à la paix par la coopération internationale ; coopération
avec nos voisins européens, tous armés soit dit en passant. Ils
oeuvrent au mieux pour extirper la violence, s'efforçant, entre deux
maux, de choisir le moindre. Ils admettent tous, M.Gross y compris, le recours
aux armes. Leur politique est la seule capable de mettre du baume sur les plaies
de notre monde malade et de prévenir tant soit peu le surgissement de
la violence et des nouveaux conflits. Pour jouer le rôle qu'ils veulent
généreusement faire tenir par la Suisse dans le monde, il faut
des hommes armés, des soldats ; des jeunes gens robustes et solidement
constitués comme vous l'êtes.
L'autre voie, la vôtre, propre à nourrir votre désespoir
en I'avenir de l'humanité, n'a aucune chance de s'imposer, croyez-en
un observateur attentif des hommes et de l'Humanité, à moins que
vous ne vous résolviez un jour à suivre les traces de votre père
fondateur, en commençant par vouer un minimum de respect aux institutions
légales du pays qui vous fait vivre, ainsi qu'à ses autorités
légitimes qui, selon leur conscience, exercent le pouvoir que le peuple
suisse leur a démocratiquement confié.
©Gilles Chavaillaz
On en reste là
Réplique sans fart - Georges Tafelmacher du 22 Juin 2000
Quel avenir ?
Analysons attentivement votre petit message pas si innocent que cela . . .
. . . l'un des vôtres défendait l'idée qu'il préférerait mourir sans arme à la main plutôt que de défendre son prochain menacé dans son intégrité par des êtres violents . . .
Nous ne proférons pas que des "idées", nous tâchons
aussi d'adopter une toute autre façon de voir et vivre la vie, de voir
et de comprendre l'adversité, c'est un engagement pour la vie. D'autant
plus que suis prêt à donner ma vie en me laissant tuer comme un
agneau en énonçant les idées pacifistes, de laisser couler
mon sang, innocent j'espère, sans contrepartie rien que pour montrer
que l'on peut faire autre chose que se tuer. En me mettant devant des personnages
visiblement prêt a me faire subir leur violence, ils ont eu une réaction
d'apaisement dès qu'ils ont vu que mon attitude à leur endroit
était faite de respect, de considération, de magnanimité.
Alors si un jour je devais trouver la mort à cause de mon pacifisme,
si on me tue pour cela, je l'accepterai et je mourrai sereinement sachant que
la seule force que j'ai exercée était celle de l'esprit, des idées
et d'une immense compassion pour les hommes. Vous n'avez pas le droit de laisser
entendre qu'agissant de la sorte, j'accepterais de laisser souffrir et mourir
mon prochain en cas d'agression quelle qu'elle soit, si je ne le défends
pas par les armes ou la force ; ou que je puisse me résoudre à
une certaine cruauté parce que je choisis une autre façon de venir
à sa rescousse. Mes expériences m'ont démontré que
c'était mon attitude qui a fait qu'il n'a pas eu de violence et vous
n'avez pas le droit de laisser entendre que je serais coupable de ce que l'on
nomme en langage juridique la non-assistance à personnes en danger parce
que je n'aurais pas utilisé la force brutale, parce que je n'aurais pas
sorti une arme et troué la peau de ces forcenés.
. . . extirper la violence par le recours aux armes, seule politique capable de mettre du baume sur les plaies de notre monde malade et de prévenir les conflits . . .
Si le problème est la violence alors la solution doit être psychologique.
Pour comprendre la folie humaine et ses violences, il faut plutôt faire
de longues études psychologiques et atteindre un degré d'empathie
permettant l'approche des tortionnaires et des assassins pour déjà
pouvoir leur parler, première étape à la solution des problèmes
et première mesure concrète et appropriée vers un dialogue
avec les intéressés et entre les belligérants, la solution
à la folie viendra par la suite. Le militarisme, quelques soient vos
justifications démagogiques, a été la plus pire des solutions
et cela n'a jamais apporté aucun soulagement non plus. Au contraire,
la réponse militaire ne fait que mettre un lourd couvercle sur les tensions
et, telles les braises sous la cendre, le feu redémarre dès que
l'opportunité se manifeste. L'armée ne peut, en aucun cas, être
une solution pour prévenir la violence chez les hommes. A suivre votre
logique, la solution dès qu'il y a violence : bombarder tout le monde!
Nous savons à présent que nous ne pouvons plus combattre la violence
par un surcroît de violence même parfaitement justifiée sans
encourir la destruction totale de notre environnement social et naturel.
. . . propre à nourrir votre désespoir en l'avenir de l'humanité . . .
Si vous laissez entendre que mon désespoir disparaîtrait rien qu'en suivant les injonctions et les pouvoirs de mes "pères", alors vous vous êtes complètement trompé sur la nature même de mon état. Mais n'avez-vous jamais réfléchi sur le pourquoi des comportements contestataires?
Et si c'était parce que précisément, l'humanité est arrivé à un sommet de désespoir face à l'hégémonie de théories totalitaires telles les vôtres, donc la prochaine ligne est un magnifique exemple?
. . . à moins que vous ne vous résolviez un jour à suivre les traces de votre père fondateur . . .
Il est hors de question de suivre la trace de quiconque car chacun à
sa propre trace à faire, selon ses capacités propres. Quant à
"mon père" (!!!) fondateur (c'est qui celui-là?), il
n'a pas à se mêler de notre actualité, n'y voudrais-je qu'il
m'influence de quelque manière qui soit. C'est à chacun de vivre
sa propre vie selon des principes qu'il s'est lui-même forgé, dans
le respect de la liberté et de la solidarité.
. . . en commençant par vouer un minimum de respect aux institutions légales du pays qui vous fait vivre . . .
Ce n'est pas ce pays qui me fait vivre, c'est le propre de mon travail et de mon engagement social et ceux-ci je les ai exercés partout dans le monde, du Canada au Mexique, en passant par l'Uruguay et la France, quelque soit le pays, son régime ou son autocratie.
. . . ainsi qu'à ses autorités légitimes . . .
Selon les statistiques de ce pays, la droite dominante représente 70% des votants, mais, compte tenu de l'abstentionnisme (taux de 55% à 70%), ces autorités de droite en place et qui font voter les lois, ne l'ont été que par à peine 20% du "peuple suisse" dans son entier. C'est une légitimité "politique" très faible qui ne permet pas de dégager une véritable politique "citoyenne".
. . . qui, selon leur conscience, exercent le pouvoir que le peuple suisse leur a démocratiquement confié . . .
Parler de "peuple suisse" en s'imaginant tous les habitants de ce
pays alors qu'il n'y a que le 20 à 30% de ses habitants à avoir
voté, est donc abusif. Après avoir fait la part des choses, nous
pouvons constaté que la démocratie à la quelle vous faite
référence, est, dans les faits, élitiste. Selon la constitution
fédérale, c'est au peuple d'exercer le pouvoir et ce pouvoir n'a
pas à être "confier" à un groupe d'individus puissants
mise en place par des lobbies associés aux instances économiques
et industriels, dont la seule conscience est la bonne marche de leurs affaires.
Tant que ces gens nous méprisent jour après jour par les lois et des
mesures qu'ils votent et par leurs attitudes envers nous et la société
en général, je ne peux certainement pas les "vouer"
une quelconque bienveillance ou confiance. Tant que votre pays est le résultat
de tant d'intérêts hégémoniques, soutenus par des
servants aussi complaisants, il n'est pas possible d'accepter cette société
dualiste à plusieurs vitesses issue de la volonté manichéenne
de quelques dirigeants fortunés qui ont contribué à l'édifier.
Il est trop facile d'imposer votre façon à tout le monde par ces
obligations de toutes sortes.
ARMÉE XXI
L'armée tente de se rendre plus crédible en récupérant
tous les efforts faites pour la paix, ce qui démontre bien la pertinence
de nos théories "pacifistes". Elle tente de mieux se vendre
en se dotant d'une parure qui ne lui sied pas. Que l'armée s'occupe des
armes et de mort et qu'elle laisse les efforts de paix aux instances civiles et
à la population, elle n'a pas à prendre le monopole des actions
pour la paix. Elle usurpe les prérogatives qui, malgré le fait
qu'elles soient inscrites dans la constitution, ne demeurent pas moins les prémisses
du travail d'une société dans son entier pour l'établissement
de la paix. La paix ne doit surtout pas être l'oeuvre de quelques uns.
Mais le plus inquiétant et le plus à même de me désespérer
complètement, est la phrase suivante :
. . . Eng. subsid. en vue de la prévention et la maîtrise des dangers (!!) existentiels (??) . . .
Celle-ci soulève beau coups de questions :
- qu'est-ce, pour vous, un "danger existentiel" ?
- que vient faire l'armée dans cette affaire là ?
- avec quelles armes pourrait-elle prévenir ce "danger" ?
Après réception de votre courrier postale, mon désespoir
en l'avenir de l'humanité serait total, à moins que vous ne vous
résolviez un jour à suivre les traces du bon sens, en commençant
par vouer un minimum de respect aux idéalistes de ce pays qui vous a
fait vivre, ainsi qu'aux personnes qui, selon leur conscience, travaillent réellement
pour une véritable paix citoyenne, sociale, politique et philosophique . . .
Votre lecteur attentif,
Georges Tafelmacher
- PULLY -
©Georges Tafelmacher
Une Conclusion nécessaire
on ferme ce dossier - analyse finale par Georges Tafelmacher
Je trouve inquiétant votre façon de toujours vouloir justifier
l'usage de la force en imaginant des situations extrêmes, en laissant
penser que l'abominable est possible. Toute la justification de l'armée
est construite autour de suppositions inconcevables ayant été
rendu crédibles en les inscrivant dans la Réalité !
Nous tournons en rond : le reproche que vous faites au GSsA de se concentrer
sur les moyens au détriment des causes peut être utilisé
contre vos justifications de l'armée : chaque fois que vous préconisez
l'armée pour résoudre un problème de rivalité, vous
n'agissez pas sur les causes. Même si votre thèse sur les rivalités
était juste, cela ne peut en aucun cas servir de justification à
la guerre et aux armées. Car, pour vous citer, il faut agit en amont,
c'est à dire, bien avant qu'on en vienne aux armes. Mais nous pouvons
aussi retenir de votre argumentation que l'armée ne serait qu'un moyen
de lutter contre des maladies de société chroniques ; donc si
contre le cancer on donne de l'héroïne, contre la rivalité
on donnerait de l'armée ! Ce raisonnement est trop simpliste et c'est
un argument insatisfaisant.
Mais le vrai problème est que votre justification de l'armée
n'est qu'une réaction affective à une peur, une réponse
réactive à la crainte que suscite en vous l'agressivité
de l'autre chargé de toutes les intentions. Par vos écrits, nous
pouvons aisément comprendre que vous êtes un "réactionnaire",
donc un bon militaire et votre réaction à l'angoisse terrifiante
d'une agression fictive ressentie comme possible dans la réalité
telle qu'elle est perçue actuellement, est sûrement d'acheter 186
chars blindés ! Mais ce n'est pas un argument satisfaisant pour désamorcer
et pour éliminer les guerres.
Il est à craindre chez vous une incapacité notoire d'entrevoir,
ne serait-ce qu'un instant, une possibilité chez l'homme (générique)
d'évoluer d'un stade reptilien, avec sa conception armée pour
régler les conflits en détruisant l'autre, à un stade humain
où les rivalités se résoudront pacifiquement. Dans une
société pacifique, il n'est pas nécessaire de s'inquiéter
des extrémistes de tous bords (même des spéculateurs) car
cette société sera capable de régler le problème
terroriste bien avant que ces personnes ne deviennent des dangers pour la communauté.
En effet, les conséquences des importantes tendances de l'actuelle société
qui cherche à résoudre ses difficultés dans la violence
(police suréquipée, répression judiciaire), n'auront plus
cours, car les raisons qui ont incité l'éclosion de la violence
chez certains personnes auront disparues.
Nos idées pacifistes ne peuvent être aussi mauvaises que vous
le supposez car nous pouvons constater que chaque fois que les pacifistes énoncent
une théorie sur la paix, les militaires s'empressent de la récupérer,
de la détourner et de la resservir pour en faire une nouvelle mission
pour l'armée et faire accepter leur "nouvelle armée 2000
X". C'est le sens même du discours OGI quand il proclame urbi et
urba que l'armée maintient la paix, assure les conditions de vie et nous
protège des catastrophes naturelles.
Certes, dans ce monde d'une réalité déconcertante, il
est effectivement impossible de supprimer de but en blanc, tout armement et
d'interdire le recours aux armes. C'est pourquoi le GSsA a lancé sa double
initiative où le premier volet parle de la Construction de la Paix, sous
la forme d'un service civil pour la paix et surtout d'un engagement pour faire
voter des lois cherchant à résoudre les conflits par la non-violence
; et le deuxième volet parle de la Suisse sans armée à
réaliser qu'au bout de 10 ans. Même si cela n'agit pas sur les
causes, dans le contexte actuel, commencer déjà par diminuer les
armes en les remplaçant par une saine gestion de sa violence est déjà
un premier pas bien venu. Pour le moment, tout comme la fièvre, il faudra
diminuer l'armement pour que le malade ne soit pas emporté.
©Georges Tafelmacher
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