Politique



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Le Discours Politique :  L' ANARCHIE

DOSSIER - les bases de la Politique

Redéfinir la Politique - possible . . . vraiment ?

chat noirDepuis 1848, nous avons la chance de pouvoir discuter régulièrement de la politique et même de remettre ses bases et ses fondements en question.
Même si cette discussion se fait souvent au détriment du fond, et que les milieux au pouvoir en profitent pour privilégier la recherche d'un nouveau sens à donner à leur sytème pour qu'elle puisse perdurer aux siècles prochains, il n'est pas sans intérêt de vouloir comprendre tous les aspects du problème et revenir aux idées de base qui motivent la contestation politique.

Nouvelles compréhensions du monde

Avec les changements sociaux en cours, les anciennes vérités révèlent leurs limites et deviennent caduques. Les grandes découvertes biologiques modernes démontrent que la vie n'est pas qu'un rapport de force où la domination des forces du pouvoir et la loi du plus fort élimine systématiquement le plus faible; actuellement les enseignements tendraient à montrer que tous les aspects et configurations de la vie s'interpénètrent et agissent entre eux d'une manière harmonieuse pour former des écosystèmes vivants et évolutifs. C'est dans cette esprit que nous allons présenter des textes et analyser leurs contenus. Il s'agit de redéfinir le sens même à donner à la politique.


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l'anarchie circonstanciée !

Par François Mauron publié dans Revue Intervalles N° 59: "Anarchisme", juin 2001

Ni Dieu ni maître! Le slogan a vieilli, mais reste d'actualité. Témoin une enquête menée par la revue "Intervalles".

Anarchisme = violence. Voici un amalgame qui ne semble plus faire de doute, après le chaotique sommet du G8 à Gênes en 2001 dernier : les casseurs ne se réclamaient-ils pas de cette idéologie? Mais qui connaît vraiment le sens du mot "anarchie"? Venant du grec "anarkhia" (absence de pouvoir), il a traversé l'histoire chargé d'une connotation plus ou moins négative, avant d'être instauré en doctrine politique au XIXe siècle, par des penseurs tels Proudhon et Bakounine. Le terme désigne alors "l'état d'un peuple qui n'a plus ni autorité à laquelle on obéisse, ni lois auxquelles on soit soumis". Il inspirera divers mouvements, adeptes ou non de l'usage de la force. "C'est l'éthique la plus sérieuse que des gens civilisés puissent développer: chacun assume ses actes", souligne Maurice Born. Ce Suisse exilé en France est un "architecte défroqué qui baigne dans l'anarchisme depuis l'âge de 15 ans". Aujourd'hui, il en a 58, est consultant auprès du Ministère français de la culture pour les problèmes liés à la fracture sociale. Recherchant un "certain confort", il a fait des compromis avec l'Etat, la société. Qu'il assume: l'anarchisme, pour lui, ça appartient d'abord au domaine des idées. Pour ce pacifiste convaincu, les événements de Gênes expriment également une forme d'anarchisme. Qu'il ne cautionne pas, mais qu'il comprend. Et de conclure: "Les manifestants cherchent des alternatives à ce monde inféodé à l'économie. Quand on voit l'attitude des dirigeants, barricadés dans leur forteresse, ce n'est pas étonnant que ça génère de la violence."

Bakounine

Né en Russie en 1814, mort à Berne en 1876, Michel Bakounine a sillonné l'Europe effervescente du XIXe siècle, prenant part notamment à la révolution de 1848 ainsi qu'à diverses émeutes. Partisan d'un socialisme antiautoritaire, il est finalement exclu de la première Internationale par Marx en 1872. L'année d'après, il écrit L'Etat et l'Anarchie, un des textes fondamentaux de l'anarchisme. Le Gouvernement bernois a décidé l'an dernier de sauvegarder sa tombe, après interpellation d'un député au Grand Conseil.

Étude bernoise

Qui était Bakounine? Suite à l'"affaire de la tombe", des élèves suisses alémaniques de l'Ecole de commerce de La Neuveville (BE) ont mené l'enquête. Résultat: toute une étude sur l'anarchisme et ses formes actuelles, complétée d'un texte de Maurice Born sur un moment-clé de l'histoire du mouvement libertaire au Jura bernois, qui font l'objet du N° 59 de la revue Intervalles publiée récemment. A lire, surtout si vous avez une dent contre l'Etat.

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Le Droit et le Gourdin

Réflexion de Claude Monnier - Directeur du Temps Stratégique, du 09/11/1999

où l'anarchie serait un gourdin de Cro-Magnon

"Le pire est que beaucoup applaudissent à ces exercices de force. Ils y voient un esprit de décision, un génie du management, une conduite hardie de la meute" . . .

Au printemps 1999, on a beaucoup discuté des bombardements de la Serbie par l'OTAN. Mais on en a discuté comme d'une affaire en soi : ces bombardements étaient-ils opportuns, judicieux, absurdes, criminels? Aujourd'hui, la mise à sac de la Tchétchénie par les forces russes suggère qu'il y a, au-dessus de telles tragédies particulières, un schéma général qui les produites.

Ce schéma, l'universelle désintégration de l'ordre politique et juridique, le grouillement des comptes à régler et de convoitises effrénées, a un nom :  anarchie.  L'origine de l'anarchie est simple et connue: il s'agit de l'effondrement de l'ordre soviéto-américain, qui, après cinquante ans, avait trop duré. Les effets de l'anarchie sont spectaculaires: tous les coups en effet paraissant désormais permis entre Etats, entre entreprises, entre ethnies, entre individus. Y trouvent naturellement leur avantage les plus forts, les plus rapides et les plus voyous.

Dans les Balkans, il y avait un Etat prétentieux et mal embouché, la Serbie, qui se comportait mal dans son territoire du Kosovo. Les pays de l'OTAN ont estimé qu'il leur fallait l'obliger à traiter correctement ses citoyens kosovars. Devant le regimbement serbe, les pays de l'OTAN, invoquant une morale supérieure, ont engagé une épreuve de force en violation du droit. Comme ils étaient de très loin les plus forts, ils ont gagné.

Or, aujourd'hui, les Russes se comportent en Tchétchénie plus mal encore que ne se comportaient les Serbes au Kosovo. La morale supérieure des pays de l'OTAN, si elle existait vraiment, devrait leur commander de bombarder la Russie, ou, à tout le moins, d'intervenir dans le Caucase pour sauver les Tchétchènes de l'extermination. Ils n'ont pas l'intention de le faire. Pourquoi? Parce que la Russie est infiniment plus forte et dangereuse que la Serbie. Les pays de l'OTAN, s'ils allaient en Tchétchénie, risqueraient vraiment leur peau. D'accord pour écraser les faibles, pas pour chatouiller les forts; la haute morale n'est pour rien dans l'affaire, la loi du plus fort tout.

Dans les relations internationales et internes, les forts ont désormais beau jeu d'invoquer l'urgence humanitaire, "la nécessité fait loi", "l'impuissance de l'ONU", "les lenteurs de la justice", "les exigences de la morale" pour camoufler qu'ils font ce qu'ils font simplement parce qu'ils y trouvent leur "intérêt supérieur". Que deviennent les plus faibles, dans ce jeu? Libre à eux de protester, de signer des pétitions, d'ameuter la presse si cela les amuse, mais sur le fond, ils n'ont aucune chance.

Voyez la Suisse dans l'affaire des fonds en déshérence ou l'affaire de la vache folle traitée comme quantité négligeable par les puissances grandes et moyennes. Voyez les entreprises de tous les pays écornant le droit sous le prétexte qu'elles y sont "hélas" contraintes par la violence de la concurrence. Voyez les individus qui s'entre-assomment à coups d'arguments voyous, du style "vous ne pensez pas comme il faut", "vous avez lu les mauvais livres", "je vous trouve un air nazi" qui n'ont rien à voir avec le droit, la raison ou l'intelligence, tout à voir avec le maniement du gourdin de Cro-Magnon.

Le pire est que beaucoup applaudissent à ces exercices de force. Ils y voient un esprit de décision admirable, un génie du management, une conduite hardie de la meute. Comment ne se rendent-ils pas compte qu'un jour prochain ils pourraient en être eux-mêmes les victimes, et qu'ils ne pourront plus alors faire appel aux règles du droit qu'ils auront eux-mêmes démolies: j'en veux pour preuve que dans les pays où la corruption anarchique a presque complètement remplacé le règne de la loi, le citoyen honnête craint la police et la justice plus encore que les mafias avérées.

Y a-t-il une lumière au bout du tunnel? Heureusement oui, car l'anarchie n'est jamais qu'un passage, entre un ordre juridique suranné, désuet, obsolète, et un ordre juridique reflétant mieux les réalités sociales, politiques et économiques nouvelles. Courage, mon gendre!

CLAUDE MONNIER Directeur du Temps stratégique

©24Heures


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Une réponse circonstanciée de Mr. Georges Tafelmacher

publié dans le Courrier des Lecteurs du 22.11.1999

"Le Gourdin est à Droite"

Il est vraiment étonnant qu'un homme de la trempe et la rigueur de M. Claude Monnier ait utilisé l'acceptation populiste et péjorative de l'anarchie. Il est temps de remettre l'anarchie à sa juste place en tant que pensée politique et d'apporter les rectifications nécessaires pour une meilleure compréhension de cette philosophie.

D'abord, il faut dénoncer les images péjoratives de l'anarchie.

L'anarchie n'est pas :

  • la loi du plus fort, c'est l'apanage du système de marché compétitif
  • la désintégration de l'ordre social, c'est le fait du credo "moins d'état" néo-libéral
  • un rapport de force avec ses convoitises effrénées, ses règlements de comptes, c'est le propre de la société de consommation individualiste et du chacun pour soi
  • un prétexte à la corruption, à la ségrégation, à la haine raciale ou nationale, à la violence, c'est le fait des partis nationalistes et totalitaires
  • etc . . .

Mais alors qu'est donc l'anarchie ? ?

Essentiellement défini comme un esprit de résistance à l'oppression sous ses aspects les plus variés, il restera une réaction permanente dans un monde où des formes de contrainte renaissent à mesure que d'autres disparaissent car les anarchistes luttent contre l'aliénation religieuse, c'est-à-dire contre l'église; contre l'aliénation politique, c'est-à-dire contre l'état totalitaire et contre l'aliénation humaine, c'est-à-dire contre un humanisme qui, par les contraintes d'une morale abstraite et comportementale, menace d'étouffer l'originalité de l'individu.

Mais l'anarchisme est d'abord un mouvement d'idées et d'action qui, en rejetant toute contrainte extérieure à l'homme, se propose de reconstruire la vie en commun sur la base de la volonté individuelle d'autonomie où l'esprit humain parvient à la pleine conscience de soi-même, à la prise de conscience et compréhension de son être. Du principe de l'autonomie de la volonté individuelle, on doit aboutir à une union librement consentie dont la solidité est certainement supérieure à celle d'une union obtenue par la force ou la contrainte.

L'anarchisme répudie toute idée d'autorité comme étant contraire à la notion de la liberté individuelle, il lui apparaît que l'ordre et la justice, dont il ne nie aucunement la nécessité pour la cité, doivent reposer sur un contrat librement conclu entre tous les membres de la communauté. Les clauses d'un tel contrat, profitables à tous les contractants, sont observées tout aussi librement. La multiplicité des contrats se traduit par le fédéralisme, appelé à remplacer l'organisation étatique. Une infinité de contrats s'engendrant les uns les autres et s'équilibrant d'autant plus facilement qu'ils ne sont point immuables ni définitifs, soit sur le plan professionnel, soit sur le plan régional, ou national et même international. Le fédéralisme anarchiste, c'est la recherche perpétuellement renouvelée d'un équilibre entre des groupements distincts. Et Bakounine de prophétiser : «Quand les États auront disparu, l'unité vivante, féconde, bienfaisante, tant des régions que des nations, et de l'internationalité du monde civilisé d'abord, puis de tous les peuples de la terre, par la voie de la libre fédération et de l'organisation de bas en haut, se développera dans toute sa majesté. »

Avec cette définition, la Suisse peut paraître un pays très "anarchiste" !

Ou alors, si nous acceptons la définition de l'anarchie de M. Claude Monnier, ce serait les U.S.A. et non la Russie les plus anarchiques, le système russe s'apparentant plutôt à la gabegie, au chaos, à la négation de l'esprit humain et de la civilisation, toutes choses qui n'ont strictement rien à voir avec l'anarchie.

Mais l'esprit libertaire perdure. En chacun de nous, dans nos envies profonde...

©24Heures


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Les Gitans de Cheseaux : Les limites de la tolérance

lettre au Courrier des Lecteurs le 14.08.2000 par M. François Brélaz

A propos des articles de Lise Bourgeois intitulés "Un paysan menace le campement avec son tracteur" et "Les agriculteurs en veulent aux autorités" (24 heures du 28 juillet et des 31 juillet et 1er août)

Cheseaux-sur-Lausanne est un village où il fait bon vivre; mais cette commune ne figure sur aucun guide touristique: malheureusement, il n'y a rien à voir! Et pourtant, des gens qui voyagent beaucoup, des gens que l'on appelle "gens du voyage" en termes polis ou "gitans" sur un ton méfiant, semblent adorer cet endroit.

Depuis plusieurs années, de plus en plus souvent et de plus en plus nombreux, ils arrivent sans crier gare, semant la panique auprès des autorités. Lorsque les gitans sont arrivés à Cheseaux-sur-Lausanne, ils se sont dispersés sur deux champs, puis se sont rassemblés après deux nuits. L'endroit libéré est situé à proximité de deux maisons de week-end et je n'ai pu m'empêcher d'aller photographier le désordre laissé: bouteilles en plastique et papiers qui traînent, sacs d'engrais vidés ou éventrés, maisonnette pour oiseaux cassée, petit char endommagé, pots de fleurs partiellement cassés et partiellement volés, bac en plastique pour des boutures de plantes renversé et bien entendu, des merdes partout !

Même si ces personnes font partie d'une minorité ethnique, on ne peut admettre que ces étrangers se comportent chez nous comme dans un pays conquis. Finalement, ce sont des anarchistes, ils refusent l'ordre établi de l'endroit où ils se trouvent et se montrent vite intimidants ou agressifs à l'égard des personnes qui leur tiendraient tête.

Si un propriétaire de terrain n'autorise pas leur installation et que ceux-ci persistent dans leur intention, les forces de l'ordre se doivent de faire évacuer le terrain. C'est une question de respect des lois et de la propriété privée. Dans le cas présent, l'agriculteur, victime de la sécheresse, avait un urgent besoin de l'herbe de son champ. Il a proposé un champ d'orge récemment fauché, mais les gitans ont préféré la douceur du trèfle.

D'autre part, j'estime que la tolérance à l'égard d'une minorité doit cesser lorsque les agissements de cette minorité gênent considérablement les habitants du lieu et c'est particulièrement valable concernant les excréments que ceux-ci laissent autour de leur campement.

Avec un peu de bonne volonté tout pourrait s'arranger. Mais de la bonne volonté, les gitans n'en ont pas. Pour eux, l'homme blanc doit céder et ils se sentent forts face à une autorité cantonale faible!

Mais, les gitans et les autorités cantonales ont tout de même un point commun : chacun, avec son attitude respective, contribue à développer le racisme.

©François Brélaz et 24Heures


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Une Réplique caustique de Mr. Georges Tafelmacher

lettre au lecteur du 15.08.2000

Concerne : Réponse à votre lettre "Les limites de la tolérance" parue dans le 24 heures du 14 août 2000

Monsieur,

Et on continue, sans répit, à s'attaquer aux anarchistes et à les traiter de toutes sortes de noms. La dernière en date : les "intimidations" d'anarchistes qui n'ont pas, selon vous, "de Bonne Volonté".

Vous laisserez entendre que des anarchistes Romanichels seraient des vecteurs de désordre social chronique alors que le désordre social dans lequel nous vivons est le fait d'une situation issue des politiques de droite :  violence, concurrence économique, rapport de force entre les nantis et le peuple, poids commercial disproportionné au social, déséquilibre entre les directions et les employés, entre magistrats et citoyens, système de propriété privé élitiste, etc.

Mais vous posez certaines questions aux quelles j'aimerais bien répondre.

Depuis quelque temps, une version péjorative de l'anarchie est propagée dans les pages du 24 heures. Le pire est atteint lorsque pour condamner définitivement des gitans campeurs, on les traite "d'anarchistes" parce qu'ils chient par terre ! Cette péjoration est-elle intentionnelle ? Elle découle en tout cas d'une profonde inculture politique car, ne l'oubliez pas, l'anarchie est à la base de toutes les grandes révolutions qui ont apporté les vrais progrès sociaux du 19ième et 20ième siècle. Elle est même l'instigatrice des grands mouvements populaires du 20ième siècle qui ont abouti à Mai'68 et elle forme la base de notre société moderne. En effet, la société moderne s'est fortement inspirée des théories de l'anarchisme ce qui a permis l'avènement de la société de liberté dont vous profitez actuellement. Malheureusement, ses principes ont été trahis par l'interprétation par trop matérialiste qu'en a fait les Leaders politiques et économiques et par leur main mise sur les leviers de commande de cette société. Cette péjoration de l'anarchie doit cesser car le peuple a droit à une présentation de l'anarchisme sous un jour plus juste. Il est temps de remettre l'anarchie à sa juste place en tant que pensée politique et d'apporter les rectifications nécessaires pour une meilleure compréhension de cette philosophie.

D'abord, dénonçons les images péjoratives de l'anarchie.

L'anarchie ce n'est pas :

  • des "merdes partout", c'est l'apanage de la pollution industrielle et économique ;
  • des "conquérants", c'est le propre du rapport de force de l'état "néo-libéral" ;
  • des simples "refus de l'ordre établi", c'est le fait de la société de consommation individualiste, du chacun pour soi ;
  • un prétexte à l'agressivité, à l'intimidation, à la ségrégation, à la paresse, c'est aussi le fait des propriétaires nationalistes et nantis ;
  • etc . . .

Mais alors qu'est donc l'anarchie ? ?

L'anarchisme est un mouvement d'idées et d'action qui, en rejetant toute contrainte extérieure à l'homme, se propose de reconstruire la vie en commun sur la base de la volonté individuelle autonome. Bien que l'anarchisme militant ne se manifeste que vers la fin du XIXe siècle avec Kropotkine, Élisée Reclus et Malatesta, les lignes essentielles de la doctrine anarchiste se précisent dès la première moitié du siècle. La Révolution française institue un divorce radical entre l'État, qui repose sur les principes éternels de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, et la société qui est dominée par l'esclavage économique, l'inégalité sociale et la lutte des classes. Cette contradiction semble d'autant plus insupportable que la Révolution française proclame en même temps que l'individu est une fin en soi et que toutes les institutions politiques et sociales doivent servir à son plein et entier épanouissement. La liberté politique paraît illusoire, voire néfaste, à ceux qui, en vertu même de ces principes, subissent une servitude sociale et économique. La première réaction "antiétatiste" est sans doute la "conspiration des Égaux" dirigée par Gracchus Babeuf et visant à substituer à l'égalité politique "l'égalité réelle". "Disparaissez, lit-on dans son Manifeste , révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernement et de gouvernés."

L'anarchisme en tant que doctrine philosophique appartient essentiellement à l'histoire de l'hégélianisme. La réalité objective étant pour Hegel issue de l'esprit, l'objet qui semble séparé du sujet finit par y retourner afin de constituer cette unité foncière que Hegel appelle l'Idée absolue. Or cet Esprit hégélien qui se réalise grâce à la prise de conscience des esprits finis, de transcendant qu'il était sans doute chez Hegel lui-même, devient pour une importante fraction de ses disciples l'esprit humain parvenu à la pleine conscience de soi-même. Une fois engagés sur la voie de l'immanence, ces jeunes hégéliens s'efforcent d'interpréter le monisme de Hegel dans un sens de plus en plus révolutionnaire. L'Esprit est arraché au clair-obscur prudent où son créateur avait voulu le maintenir; il "s'humanise" progressivement. Devenu homme, c'est-à-dire être humain au sens général du mot dans le maître livre de L. Feuerbach, L'Essence du christianisme (1841), il se transforme en esprit humain dans la Critique pure de Bruno Bauer - doctrine contre laquelle Karl Marx se déchaîne dans La Sainte Famille - et finit par apparaître sous les traits surprenants du Moi original, du Moi "unique" dans l'ouvrage de Max Stirner, "L'Unique et sa propriété" (1845).

C'est pourquoi nous ne pouvons accepter votre définition de l'anarchie, car à cette aune-là, par rapport aux problèmes sociaux actuels, tout le monde pourrait être anarchiste et non seulement les Romanichels et ce désordre systématique s'apparente plutôt à la gabegie, au chaos, à la négation de l'esprit humain et de la civilisation, toutes choses qui n'ont strictement rien à voir avec l'anarchie et en sont même ses contraires. Je me permettrais même d'essayer de vous faire mieux comprendre les motivations de ces gens en vous rapportant l'explication d'un Manouche quant-au excréments. En effet pour eux, chier par terre est un respect absolu de la nature et de ses cycles naturels : on rend à la nature ce qu'on lui a pris sous une forme énergétique, totalement récupérable par la nature. Bien sûr, il faut le faire dans le respect des traditions : un petit trou, une bonne poussée, une prière et on recouvre, signant l'emplacement avec une fleur . . .

Mais l'esprit libertaire perdure. En chacun de nous, dans nos envies profondes . . .

Je vous envoie ce courrier de mise-au-point en réponse à votre lettre parue dans le "Courrier des Lecteurs" du journal "24Heures" en vue de rectifier l'image de l'anarchie auprès de vous. Car vous avez aussi ce point commun avec les gitans et les autorités : par vos attitudes respectives, vous contribuez tous au développement du racisme. J'espère que cette réponse sera adaptée à vos exigences.

En vous remerciant de l'intérêt que vous portez à l'établissement de la vérité, veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

©Georges Tafelmacher

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Écologie - De quoi on cause ?

par Georges Tafelmacher - lettre au idéologue

Réponse au Billet Radical - Réflexion Politique par Olivier MEUWLY -

De quelle philosophie la société a-t-elle besoin ?

Après s'en être pris aux communistes, socialistes, féministes, tiers-mondistes, anarchistes, écologistes, syndicalistes, contestataires, pacifistes, libertaires et romantiques, par ses condamnations musclées, la droite maintient sa pression. Dans des longs articles accablants, elle les accuse de pratiquer un écolo-socialisme réformiste, immobiliste et planificatrice qui exsuderait la haine de la modernité et dont le vrai visage n'aspire qu'à plier l'économie aux "conceptions mystiques et mythiques de ses dogmes totalitaires" !

Or quelle est la réalité ?

La construction de la société de consommation emprunte des chemins obscurs. Un des thèmes récurrents du discours politique est celui de la croissance économique. Totalement dépourvu d'une définition claire et utilisable, ce type de développement de l'industrie affleure autant chez les manageurs de puissantes multinationales que chez les entrepreneurs fondamentalistes. Heureux de ce consensus, les politiciens s'en servent à tout bout de champ et ont fait de ce concept creux une "sorte de Graal," de sauveur à la fois de la planète et du bien-être des citoyens. Mais cette fameuse croissance économique n'est pas clairement circonscrit et ce flou permet à l'économie de prendre une place dominante dans l'activité politique et sociale. On sait que les groupements patronaux et une partie croissante de la droite radicale-libérale veulent en tirer une philosophie de base pour l'humanité entière, une pensée-unique où l'individu sera soumis aux besoins de la société de consommation, de ses industriels et de ses financiers.

Le véritable but du dénigrement de l'anarchie par la droite serait-il d'imposer sa conception de l'économie et de l'industrie sur la société ?  En se référant, dans ses publications dogmatiques, au réalisme économique, au capitalisme productiviste et compétitif, aux dures contingences de l'économie avec ses conditions de travail contraignantes et à l'organisation du "moins d'état", il contribue à mettre en oeuvre le contrôle, la mise au pas et la domination du prolétariat et du salariat. En faisant référence à une vision élitiste et discriminatoire de la société, sa propagande durcit les relations entre les hommes. Le résultat :  la montée en pouvoir d'une nouvelle droite autoritaire et péremptoire, le triomphe du matérialisme sur la vie et ses conséquences - société à deux vitesses, dépression, chômage, crises de société, conflits sociaux, jeunesse désemparée.

Qui l'expliquera aux politiciens radicaux de ce nouveau siècle, en retard d'une évolution ?

©Georges Tafelmacher

En réponse à la prose  d'Olivier Meuwly   parue dans "Le Régional"


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Au risque d'être libertaire !

Réponse de Georges Tafelmacher
à la lettre de Marie-Hélène Miauton   (Miss Trend)

Or donc pour Marie-Hélène Miauton, notre société, au matérialisme qui règne en maître, serait libertaire! Il est sûr que nous n'avons jamais vu autant d'entreprises autogérées, menées par des ouvriers participatifs, vu autant de communautés autodéterminées prenant ses décisions en assemblées générales, ni autant de citoyenNEs réuniEs en acteurs actrices fortEs de leurs quotidiens, qu'en ces temps d'anarchie totale !

Il est sûr que, de nos jours, nous avons un esprit de résistance à l'oppression sous ses aspects les plus variés et une réaction permanente contre toutes les formes de contrainte et partout il y a des anarchistes qui luttent contre l'aliénation religieuse, c'est-à-dire contre l'église; contre l'aliénation politique, c'est-à-dire contre l'état totalitaire et contre l'aliénation humaine, c'est-à-dire contre un humanisme qui, par les contraintes d'une morale abstraite et comportementale, menace d'étouffer l'originalité de l'individu. Nous voyons partout l'anarchisme, qui est d'abord un mouvement d'idées et d'action rejetant toute contrainte extérieure à l'homme, reconstruisant la vie en commun sur la base de la volonté individuelle d'autonomie où l'esprit humain parvient à la pleine conscience de soi-même, à la prise de conscience et compréhension de son être. Il est sûr qu'aujourd'hui, le principe de l'autonomie de la volonté individuelle et l'union librement consentie dont la solidité est certainement supérieure à celle d'une union obtenue par la force ou la contrainte, est partout en vigueur.

Blague à part, il est évident que l'état du monde nous a été construit patiemment par tous ces entrepreneurs néo-libéraux, qui pour assurer leur pouvoir, ont récupéré toutes les aspects de la démarche libertaire pour mener leurs affaires et faire leurs fortunes comme ils l'entendent. Jamais une philosophie a-t-elle été aussi récupérée, aussi détournée que l'avatar libertaire que les faiseurs et faiseuses d'opinion ont mis en avant ces dernières années. Toutes les pubs se référent au libertaire déjanté et suintent l'utilisation démagogique d'une alternative qui aurait pu résoudre, si le peuple l'avait conquis, la plupart des problèmes économiques et sociaux que nous rencontrons de nos jours.

Il faut dire clairement que l'anarchie répudie toute idée d'autorité comme étant contraire à la notion de la liberté individuelle, qu'il lui apparaît que l'ordre et la justice, dont il ne nie aucunement la nécessité pour la cité, doivent reposer sur un contrat librement conclu entre tous les membres de la communauté. Que les clauses d'un tel contrat, profitables à tous les contractants, doivent être observées tout aussi librement. Que la multiplicité des contrats doit se traduire par le fédéralisme, appelé à remplacer l'organisation étatique. Qu'une infinité de contrats devrait s'engendrer les uns les autres et s'équilibrer d'autant plus facilement qu'ils ne sont point immuables ni définitifs, soit sur le plan professionnel, soit sur le plan régional, ou national et même international. Et n'oublions jamais que l'anarchie, c'est la recherche perpétuellement renouvelée d'un équilibre entre les groupements distincts et l'unité vivante, féconde, bienfaisante, tant des régions que des nations et de l'internationalité du monde civilisé d'abord, puis de tous les peuples de la terre, par la voie de la libre fédération et de l'organisation de bas en haut, permettant de se développer dans toute sa majesté.

Avec cette définition, notre époque, somme tout, ne paraît plus très "libertaire" !

Réponse de Georges Tafelmacher 2002

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Murray Bookchin, père de l'écologie sociale

Hommage à Murray Bookchin - un des grands théoriciens modernes de l'écologie de l'anarchisme

Ecrivain prolifique, militant actif, il a consacré sa vie à la création d'un projet politique, social et philosophique

.

VINCENT GERBER * Étudiant en histoire
LE COURRIER - MARDI 5 DÉCEMBRE 2006

Son postulat de départ est le suivant: les problèmes écologiques sont, à l'origine, des problèmes sociaux

BookchinFigure méconnue parmi les penseurs qui ont contribué au développement du XXe siècle, Murray Bookchin s'est éteint le 30 juillet dernier, à l'âge de 85 ans. D'origine russe, il était né en 1921 à New York, et avait été mis en contact très jeune avec l'idéologie marxiste, à travers ses parents. Idéologie qu'il rejettera progressivement pour se diriger vers une pensée plus libertaire: l'anarchisme. Influencé par les événements de la guerre civile espagnole, il sera conquis par l'idée d'une société fonctionnant sur la base de communautés autogérées.

De fait, Murray Bookchin va repenser l'anarchisme traditionnel, lui faisant dépasser les idéaux antiétatiques - disposer d'institutions est, selon lui, une nécessité - pour insister sur le besoin plus fondamental d'éliminer les relations hiérarchiques. En outre, bien qu'il prône un retour du pouvoir de décision et de gestion dans les mains des citoyens, il rejette l'individualisme pour promouvoir, à la place, une organisation communautaire. Son deuxième apport, peut-être le principal, est d'avoir inséré la question de l'écologie au sein de la pensée de gauche. Durant les années 1960, alors que les mouvements de revendication sociale et culturelle ébranlent les États-Unis, Bookchin est l'un des premiers à prévenir de l'imminence d'une véritable crise écologique. On considère son livre, "Our Synthetical Environment" (1962), comme l'un des initiateurs du genre - paru avant le célèbre "Printemps Silencieux"   de Rachel Carson, ouvrage fondateur de l'écologie moderne.

Conscient que notre société emprunte une voie à l'issue incertaine, Bookchin s'est interrogé sur la manière dont l'être humain peut modifier celle-ci pour la rendre plus écologique et libertaire. De cette réflexion naîtra l'écologie sociale. Son postulat de départ est le suivant: les problèmes écologiques sont, à l'origine, des problèmes sociaux. La domination de la nature par l'homme découle directement de la domination de l'homme par l'homme, et ce n'est qu'en supprimant les rapports de compétition et de domination que l'être humain modifiera sa relation envers la nature. Ce qu'il a en vue, c'est une véritable révolution culturelle et sociale. Il espérait faire de son écologie sociale une voie divergeant de celle que suit la société de consommation. Chaque aspect de notre société y est donc repensé dans le sens d'une éthique écologique et d'une responsabilisation de chacun. Par la suite, cet écologiste engagé n'a cessé de développer et de préciser ses idées à travers de nombreux écrits (avec plusieurs ouvrages majeurs, dont "Post-Scarcity: Anarchism", "The Ecology of Freedom"  ou encore "Une société à refaire", un de ces rares ouvrages traduits en français). Il va aussi participer à la création, dans le Vermont, de l'Institute for Social Ecology. Du milieu des années 1970 jusqu'à nos jours, l'établissement va diffuser les principes de l'écologie sociale, assurant leur promotion et leur mise en pratique. Il devient vite le véritable centre physique du mouvement, qui, dès lors ne se rattache plus à un seul homme, mais rassemble un certain nombre de chercheurs et d'enseignants.

Aujourd'hui encore, on ne peut nier l'influence des théories de Murray Bookchin au sein des différents mouvements militants, sociaux, libertaires ou écologistes. Beaucoup de groupements verts se réclament de ses idées, de même que les antiautoritaristes et révolutionnaires de tous bords. On considère même l'écologie sociale comme la seule alternative valable proposée à la suite de l'échec du communisme, projet dont Bookchin ne s'est jamais caché. Murray Bookchin a été l'un des premiers à prévenir de l'imminence d'une véritable crise écologique. Ses connaissances étendues et son intérêt pour les différents aspects de la société occidentale lui ont permis de porter un regard lucide sur le monde dans lequel il vivait, sur son fonctionnement, son histoire et ses problèmes. Il n'a cessé de multiplier les avertissements à l'égard du capitalisme et des crises écologiques, sociales et morales que ce système peut engendrer. Loin de se limiter à cela, il s'est efforcé d'imaginer une solution viable et applicable, reposant sur la remise en question de l'état actuel des choses et une meilleure utilisation des moyens à disposition. Cet homme, qui se revendiquait comme idéaliste, laisse derrière lui une oeuvre importante, porteuse d'espoir d'un futur plus écologique.


Principes généraux de l'écologie sociale

L'écologie sociale est avant tout un projet de réforme. Elle revoit les fondements mêmes de nos institutions pour les rendre plus écologiques, démocratiques, égalitaires et libertaires. En d'autres termes, elle aspire à présenter une société idéale libérée de la domination et basée sur des valeurs éthiques et morales accordées avec la nature.

Cette théorie repose sur la capacité de décision et de réflexion unique de l'espèce humaine. Bookchin voit en l'être humain un animal capable non seulement de s'adapter, mais surtout de modeler l'environnement dans lequel il évolue. II veut donc l'amener à sélectionner les meilleures options possibles dans l'espoir qu'il cesse de se contenter de ce qui est pour tendre vers ce qui devrait être. Cela sous-entend que les hommes et les femmes doivent retrouver leur capacité à agir, à influencer la société dans laquelle ils évoluent, et non plus la subir.

Par-dessus tout, l'homme moderne doit parvenir à s'insérer dans la nature et réciproquement pour redécouvrir le lien qui le lie à elle, sa dépendance envers elle. Selon Bookchin, la division entre société et nature doit être dépassée au profit d'une véritable symbiose. Le rapport de domination qui les lie aujourd'hui doit laisser sa place à une relation de solidarité et d'échanges raisonnés. Pour ce faire, il faut un retour aux communautés, redécouvrir l'échelon local, ses proches et l'environnement qui nous entoure. Un véritable processus de décentralisation doit être accompli pour nous amener à prendre conscience de notre appartenance à un lieu ainsi qu'à une communauté de personnes. II faut recréer des liens entre les gens, les amener à se connaître, mais aussi s'impliquer et débattre des affaires courantes. Parallèlement, la production d'énergie et la gestion des ressources doivent être envisagées, non seulement en fonction des besoins de la communauté, mais aussi des possibilités offertes par le milieu. L'écologie sociale a cette particularité de penser que la technologie et les machines peuvent perdre leur connotation négative. En les sélectionnant et en les modifiant, on peut les rendre écologiques et s'en servir pour libérer l'homme.

A terme, l'écologie sociale souhaite voir les villes importantes se diviser en communes à taille humaine, plus faciles à gérer. Ces différentes communautés régionales formeraient entre elles une confédération de communes et décideraient ensemble des questions demandant une vision plus large. Chaque commune se verrait administrée par une assemblée formée de l'ensemble de ses habitants, selon un système de démocratie directe. Ce système politique a été développé en détail par Bookchin sous l'appellation de municipalisme libertaire. II partage avec l'écologie sociale un but commun: sortir l'homme de son rôle d'électeur/contribuable pour faire de lui un citoyen, un homme responsable, participant activement à la gestion de la communauté à laquelle il appartient.

Ambitieuse, l'écologie sociale ne cache ni l'ampleur du projet ni la difficulté de la tâche. Elle est tout aussi consciente que ces grands changements ne se feront pas du jour au lendemain. Néanmoins, elle sait combien ils sont nécessaires et croit en leur mise en place par des moyens concrets, à la portée de tous.

VGR © Le Courrier



Pour en savoir plus :

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