Sommaire
----------
Références
----------
E. Craft : Toxicol. Environ. Health Crit. Rev., 7, 297, 2004
P. Houpert : Neurotoxicology, 26, 1015, 2005
P. Lestaevel : Neurotoxicol. Teratol, 27, 835, 2005
M. Souidi : Toxicology, 214, 113, 2005
Y. Gueguen : Proceedings of the 14th Intl. Conf. on Cytochromes P450, 61, 2005
H. Métivier : L'Uranium, de l'environnement à l'homme, EDP Sciences, 2001
M-C. de La Souchère : L'uranium, La Recherche, avril 2006
Chercheurs à : IRSN
Mâamar Souidi
Philippe Lestaevel
Yann Guéguen
Patrick Gourmelon
Pages Web
----------
Dr. R. Bertell
----------
|
Dossier Nucléaire
SANTÉ : Uranium : actif même à faible dose
LA RECHERCHE NOVEMBRE 2006 n°402 Pg.56
Maâmar Souidi, Philippe Lestaevel et Yann Guéguen sont chercheurs à l'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, avec la collaboration de Pascale Houpert et Patrick Gourmelon
Enfin la vérité nous rattrape !
CONTEXTE : Les effets de fortes doses d'uranium sur l'organisme sont connus, mais ceux des très faibles doses n'ont été explorés que récemment. Leur impact a longtemps été minimisé par le lobby du nucléaire. La première guerre du Golfe, en 1991, a changé la donne, avec le retour au pays de soldats souffrant d'un étrange "syndrome". Pouvait-il être lié à l'utilisation par l'armée américaine de munitions à uranium appauvri? Cette interrogation a été le point de départ d'études sur l'uranium ingéré en petites quantités, aux états-Unis, en Espagne, en France et en Finlande.
Chaque jour, nous avalons une dose d'uranium, soit 1 à 3 microgrammes en moyenne pour un homme de 70 kilogrammes. Il faut dire que ce métal est partout, dans les aliments, l'eau potable, le sol, l'air. Une omniprésence naturelle: l'uranium existe dans l'environnement depuis la naissance de la Terre.
Toutefois, les sources d'exposition ont considérablement augmenté au XXe siècle avec le développement des centrales nucléaires, des mines d'uranium et des émissions des industries de retraitement. De façon moins attendue, le charbon contient aussi des quantités non négligeables de ce radionucléide*. Quant à certains phosphates employés dans l'agriculture, ils en présentent des teneurs élevées.
Cette exposition chronique a-t-elle un impact sur notre organisme? Il était jusqu'à présent difficile de le dire. La question des effets des très faibles doses d'uranium sur la santé n'a émergé que dans les années 1990, après la première guerre du Golfe et consécutivement à l'utilisation d'armes à uranium appauvri. Quelques enquêtes épidémiologiques réalisées auprès de populations particulièrement exposées ont, depuis, été lancées. Elles sont toujours en cours. En revanche, les expériences sur le rat livrent aujourd'hui leurs premiers résultats... inattendus: même avalé en très petite quantité, l'uranium a des effets biologiques sur le cerveau et sur la façon dont l'organisme transforme et assimile les substances étrangères, telles que les médicaments.
Ingestion quotidienne
Pour parvenir à ces conclusions, nous avons procédé, depuis 2002, avec plusieurs équipes de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), à la contamination de dizaines de rats, dans notre laboratoire de radiotoxicologie expérimentale. Les rongeurs ont bu, pendant des semaines, une eau minérale supplémentée par de faibles quantités d'uranium (un milligramme par jour et par rat, soit 14 becquerels par jour). Cette concentration représente le double de la plus forte teneur en uranium jamais retrouvée au monde, dans certaines eaux souterraines du sud de la Finlande.
L'ingestion a été choisie car elle constitue, chez l'homme, la principale voie d'entrée de cet élément radioactif dans l'organisme. On sait qu'après passage dans la circulation sanguine l'uranium diffuse dans l'ensemble du corps humain [fig. l]. Au niveau du sang, il se fixe préférentiellement aux protéines comme la transferrine, l'albumine ou les lipoprotéines. L'uranium passe ensuite du compartiment sanguin aux tissus dans lesquels il s'accumule, notamment le rein et l'os. Un organisme humain adulte, en situation normale, contient ainsi en moyenne 40 à 90 microgrammes d'uranium: 66% dans le squelette, 8% dans les reins et le reste dans les autres tissus mous.
Accumulation cérébrale
Les rats contaminés présentent une distribution similaire de ce radionucléide. Nos expériences nous ont toutefois permis de faire une découverte surprenante: l'uranium se retrouve dans le cerveau du rongeur après une contamination de plusieurs semaines. La voie d'entrée de cet élément dans le système nerveux central est totalement inconnue. Comment franchit-il la barrière hémato-encéphalique, cette frontière entre le cerveau et le reste de l'organisme? Des études expérimentales devraient être développées à l'avenir sur ce sujet. Reste que cette présence d'uranium dans le système nerveux central pourrait expliquer, au moins en partie, les effets cognitifs que nous avons observés pour la première fois.
L'ingestion chronique d'uranium perturbe la mémoire à court terme, qui reçoit les informations et les maintient pendant un laps de temps très bref, de 20 à 30 secondes. Ce type de mémoire peut être étudié en plaçant un rat dans un labyrinthe en Y, composé de trois branches. Dans cet environnement nouveau, le rongeur présente spontanément un comportement d'exploration qui se caractérise par des visites en "alternance" des trois branches du labyrinthe. Ce comportement traduit la capacité de l'animal à se rappeler les branches précédemment visitées, et donc à stimuler sa mémoire à court terme (lorsque l'animal a visité les deux premières branches, il doit en principe s'en souvenir et visiter la troisième).
Rongeurs stressés
La qualité de la mémoire à court terme se mesure au nombre de fois où l'animal a visité successivement les trois axes du labyrinthe, ce que l'on appelle le "pourcentage d'alternance spontanée". Or, lorsque les rongeurs contaminés à l'uranium pendant plusieurs semaines sont placés dans un tel labyrinthe, on observe une diminution significative du pourcentage d'alternance spontanée, de 12%, par rapport aux animaux non contaminés [1]. Ce résultat reflète une altération modérée de la mémoire à court terme. La mémoire à long terme, quant à elle, n'est pas modifiée par l'uranium.
Un autre paramètre comportemental semble transformé chez les rats contaminés: l'anxiété. Cette dernière s'analyse, chez le rongeur, en le plaçant dans un labyrinthe dit en "croix surélevé", composé de deux branches ouvertes (sans parois sur les côtés) et de deux branches fermées (avec parois), toutes situées à 70 centimètres du sol.
En situation normale, l'animal montre une préférence pour les branches fermées, moins stressantes que les branches ouvertes et en surplomb. Une augmentation de l'anxiété se traduit par des séjours plus longs ou plus fréquents dans les branches fermées. C'est bien le cas pour les rongeurs ayant avalé de l'uranium pendant plusieurs semaines: ils passent 62% plus de temps dans les branches fermées que les animaux non contaminés. Leur niveau d'anxiété est donc clairement augmenté.
L'uranium perturbe enfin le sommeil, en augmentant la durée du rêve. Les états de sommeil et d'éveil sont identifiables par l'activité électrique cérébrale. L'amplitude et la fréquence des ondes cérébrales, en variant au cours de la journée, permettent de distinguer plusieurs stades: un stade d'éveil, un stade de sommeil lent et un stade de sommeil paradoxal, correspondant au rêve. Ces trois stades peuvent être quantifiés chez le rongeur. Après contamination à l'uranium, le sommeil lent n'est pas modifié. En revanche, la quantité de sommeil paradoxal augmente de 38% par rapport au sommeil des animaux non contaminés [2]. Une telle augmentation s'observe habituellement lors de stress chroniques ou d'épisodes dépressifs. L'uranium à petite dose va-t-il jusqu'à induire une dépression? La question demeure ouverte.
Métabolisme modifié
L'impact de l'uranium sur le cerveau constitue une grande surprise. Mais ses effets physiologiques ne sont pas non plus à négliger. Nous avons cherché à savoir si, au même titre que le plomb ou le cadmium, l'uranium altère l'expression des gènes et de l'activité enzymatique de protéines. Nous nous sommes focalisés sur des protéines au rôle primordial dans la protection de l'organisme: les cytochromes P450. Ces dernières sont présentes dans de nombreux tissus mais se concentrent dans le foie qui détoxifie les substances ingérées. Les cytochromes P450 interviennent dans le métabolisme des polluants, des pesticides et des médicaments. L'action métabolique se décompose en trois étapes qui aboutissent à l'élimination des médicaments dans la bile et dans l'urine. Très schématiquement, les enzymes de la première étape (phase I), des cytochromes P450, catalysent les réactions d'oxydation. La deuxième et la troisième étape (phases II et III) font intervenir des protéines nécessaires à l'élimination cellulaire et tissulaire des substances oxydées.
L'administration chronique de faibles quantités d'uranium pendant plusieurs mois chez le rat n'induit pas d'effet toxique visible au niveau du foie et des reins. En revanche, elle provoque, dans différents organes, des modifications de l'expression de gènes codant des cytochromes P450. Ainsi, l'expression du gène d'un cytochrome P450 impliqué dans le métabolisme de plus de 50% des médicaments, le CYP3A, est augmentée dans le foie, les reins, les poumons et le cortex cérébral des rats contaminés [3]. L'expression des gènes codant des protéines de phases II et III ne varie pas de façon significative après contamination chronique par l'uranium pendant plusieurs mois [4]. L'effet de l'uranium sur les cytochromes P450 étant établi, nous administrons actuellement un médicament de type analgésique à des rats contaminés afin de savoir s'il perd son efficacité ou est moins bien éliminé.
Les résultats obtenus après exposition chronique de faible quantité d'uranium sont inattendus en termes d'organes atteints et d'effets biologiques. Reste à savoir si ces données peuvent être extrapolées à l'homme. Les conclusions des enquêtes épidémiologiques seront, en cela, déterminantes.
M.S., P.L., et Y.G.
TOXICOLOGIE - L'uranium à fortes doses
La toxicité de l'uranium, à fortes doses, est liée à ses propriétés chimiques et sa capacité à émettre des rayonnements ionisants. Principal siège de ses effets ionisants ? Les reins (altérations fonctionnelles et structurales). Mais ses effets se manifestent aussi, chez le rat, par une perte de poids, des hémorragies et une atteinte du système nerveux central pouvant conduire à la mort de l'animal. Le tissu osseux étant un site majeur d'accumulation de l'uranium à long terme, on constate souvent une altération de la formation osseuse, ainsi que des cancers des os. Enfin, le système reproducteur peut être touché, avec une diminution de la fertilité.
Rosalie BERTELL : SANS DANGER IMMÉDIAT ?
L'Avenir de l'humanité sur une planète radioactive
ROSALIE BERTELL : Reconnue internationalement pour ses travaux sur le cancer et particulièrement sur la leucémie, le docteur Rosalie Bertell a participé à plusieurs commissions d'enquête américaines sur les effets du nucléaire sur la santé publique ; le gouvernement russe a fait également appel à ses services après la catastrophe de Tchernobyl. Directrice de la recherche à l'International Institute of Concern for Public Health de Toronto, elle collabore régulièrement à diverses commissions de l'ONU sur la qualité de l'environnement.
Essai - Collection "Environnement" Traduit de l'anglais sous la direction de Marie-Madeleine Raoult. Préface de Marie-Claire Blais.
Dans cet ouvrage remarquable, le docteur Rosalie Bertell retrace l'histoire politique et technique du développement de l'industrie nucléaire, révélant des faits qui ont été délibérément dissimulés au grand public dans tous les pays qui ont choisi le nucléaire.
Fort bien documenté, ce livre nous renseigne également sur les effets biologiques des radiations de faible intensité et sur la façon dont sont établis les normes de protection, les mesures de contrôle et les registres statistiques en matière de santé publique. Le Québec n'échappe pas à la triste réalité de cette pollution : des scories radioactives dépassant de 20 fois la norme du règlement sur les déchets dangereux y ont été utilisées comme matériau de construction ou de remblayage, exposant la population à des doses excédant la limite recommandée par la Commission internationale de radio-protection.
L'industrie nucléaire est à l'oeuvre depuis plus d'un demi-siècle et les éléments radioactifs libérés dans l'environnement s'insinuent peu à peu dans la chaîne alimentaire. L'accès à des informations pertinentes sur ce sujet devient donc primordial.
Tchernobyl: à propos de la CIPR
Dr. Rosalie Bertell*
Les problèmes de Tchernobyl sont enracinés très profondément dans notre société. Il s'agit vraiment de problèmes structurels. Nous devons identifier les mécanismes de répression structurelle qui sont à l'oeuvre ici. Nous devons également porter le problème de Tchernobyl devant l'opinion publique. On présente Tchernobyl comme un problème scientifique, mais c'est faux: il s'agit de répression, de décisions politiques qui ont entraîné les conséquences dramatiques que nous observons.
Aujourd'hui, étant donné que la Conférence de l'Agence Internationale pour l'énergie Atomique (AIEA) vient de réunir les auteurs du Rapport de 1991 sur Tchernobyl - ceux-là même qui ont déclaré que les problèmes ont été exagérés et que les maladies n'ont aucun lien avec la radioactivité - ces experts se trouvent au centre des critiques.
Cependant j'estime que les racines du problème sont plus profondes encore. Elles ont précédé ce qui s'est passé à l'AIEA. Cette organisation n'est qu'une force de police qui applique de manière irrationnelle des mécanismes préétablis. Actuellement, c'est l'AIEA qui est la plus critiquée. J'estime que sa manière d'appliquer le régime de protection contre les radiations a été très cruelle, mais ce n'est pas elle qui a créé ce régime.
Je travaille depuis 1968 comme chercheur sur les effets des radiations sur la santé et j'ai été surprise de découvrir dans la littérature que l'essentiel des recherches vraiment détaillées ont été menées avant 1951.
A partir de 1951, un mythe s'est établi, selon lequel il serait impossible de déceler les effets des faibles doses de radiations. 1951 est une date très importante, celle de l'ouverture du site des essais atomiques en atmosphère au Nevada, le premier site ouvert sur le continent américain. Les retombées de plus de 500 essais atomiques se sont répandues dans tout l'hémisphère Nord. A partir de cette époque, une propagande savamment orchestrée décréta que les faibles doses de radiations étaient sans danger, qu'il était impossible de leur attribuer aucun effet négatif.
Lorsque nous regardons ce qui s'est passé à Hiroshima et à Nagasaki, nous voyons qu'à partir de ce moment, la recherche s'est pratiquement limitée aux conséquences des scénarios de guerre. Il s'agissait de savoir combien de personnes seraient tuées rapidement, combien seraient hors d'état de combattre. Voilà quelles étaient désormais les préoccupations des chercheurs, et les calculs qu'ils ont effectués. Ils ne s'intéressaient ni aux fausses couches ou avortements, ni aux enfants mort-nés, ni aux enfants malades, ni aux conséquences pour le long terme. Leur recherche était très sélective et les dommages reconnus devaient demeurer minimes. [...]
J'estime que le nombre des victimes des radiations s'élève environ à 32 millions de personnes, ce qui est un chiffre prudent: travailleurs du nucléaire, population japonaise, victimes des essais nucléaires en atmosphère et victimes des divers accidents et incidents passés, Le plus grave d'entre eux est la catastrophe de Tchernobyl, qui reste un épouvantable désastre dont nous allons parler pendant ces deux prochains jours.
Nous devons aussi évoquer la définitions que donnent les bureaucrates de ce que l'on doit qualifier de "sérieux", un "sérieux" qu'ils définissent pour l'ensemble de la communauté. Cela ne concerne pas l'individu, le point de vue individuel étant très différent.
Pour moi, 1954 constitue un autre tournant historique. En 1954 a eu lieu la première explosion réussie - du point de vue des militaires - de la bombe à hydrogène. La bombe H a donné une puissance de feu illimitée à l'explosion atomique. La puissance de feu des bombes atomiques du type de celles qu'on a utilisées contre Hiroshima et Nagasaki reste limitée. Ce n'est plus le cas pour les bombes à hydrogène. C'est donc en 1954 que les Etats-Unis en particulier et les puissances occidentales ont décidé de placer la bombe au centre de leur doctrine stratégique.
C'est de cette époque que date le lancement du programme de l'atome commercial, soi-disant "pacifique", qui a permis d'organiser toute l'Amérique du Nord en une grande usine à bombes, y compris les mines d'uranium, les usines d'enrichissement, mais aussi l'implication des universités chargées d'enseigner la physique et les technologies nucléaires etc. Il fallait s'assurer de la coopération des civils et c'est de cette époque que date l'organisation de la Commission Internationale pour la Protection contre les Radiations (CIPR).
Née dans le secret des armes atomiques, cette organisation a, dès sa création, baigné dans le secret de la sécurité nationale. Il s'agit d'une commission composée de 13 hommes** (jusqu'à l'arrivée de la première femme en 1990), qui élabore toutes les définitions et prend toutes les décisions. Ses membres se remplacent par cooptation et s'auto-perpétuent. Ce sont eux qui élaborent les recommandations pour les normes de radioprotection qui sont ensuite adoptées par tous les pays et sur lesquelles se basent en particulier les règlements appliqués par l'AIEA. L'AIEA les a appliqués d'une façon très cruelle, à Tchernobyl et dans tant d'autres occasions.
Il est très important d'étudier les documents de la CIPR. J'ai été très choquée de lire dans leur édition de 1990 qu'ils parlaient d'effets "transitoires" des radiations, effets qu'ils estimaient ne pas être assez graves pour être indemnisés ou reconnus. Or il s'agit précisément des problèmes dont souffrent les populations et qu'il faudrait faire connaître au monde entier. L'existence de ces problèmes est niée de manière constante par l'AIEA, alors qu'en réalité elle est admise par la CIPR. La CIPR reste très discrète, en retrait, en effet sa crédibilité professionnelle est en jeu. Ces 13 "experts" ne peuvent se permettre d'affirmer malhonnêtement que ces effets n'existent pas, qu'ils n'ont aucun lien avec les radiations. Ils laissent aux ingénieurs et aux physiciens de l'AIEA le soin de parler des conséquences des radiations sur la santé. Ceci est un aspect déterminant du problème.
Il y a plusieurs manières d'utiliser des définitions, ce que l'Université de Harvard qualifie de "dysreprésentation". Il y a des manières très habiles de mentir, si l'on veut éviter d'être traîné en justice. L'une est de définir "l'accident". Je ne connais pas bien la définition exacte de l'accident de Tchernobyl, mais je me souviens que pour Three Mile Island, leur définition de "l'accident" ne prend en compte que les 7 premiers jours. Tout ce qui s'est passé par la suite tombe sous la définition de "décontamination". Lorsqu'ils parlent des doses que les personnes ont reçues suite à l'accident, ils les limitent en conséquence aux 7 premiers jours. En outre, ils en soustraient la dose que les gens auraient reçu en travaillant dans une centrale nucléaire en fonctionnement normal, plus le rayonnement de fond, plus les retombées des essais nucléaires chinois (en atmosphère à cette époque), étant donné que tout ceci était possible. La dose reçue suite à l'accident comprend en conséquence ce qu'ils ont effectivement reçu les 7 premiers jours seulement, moins tout ce qu'ils auraient pu recevoir par ailleurs mais n'ont pas reçu effectivement. Ceci constitue en soi une tromperie.
J'aimerais souligner la différence entre les conséquences de l'accident de Tchernobyl et celles de l'accident de Bhopal: à Bhopal, la plupart des effets étaient visibles immédiatement. Il y avait des atteintes directes aux personnes exposées, et ces atteintes étaient flagrantes, tant pour ces personnes que pour le public. Les lésions dues aux radiations quant à elles, se produisent au niveau de la cellule et un certain temps de latence s'écoule avant que la personne ne tombe malade. On ne fait donc pas immédiatement le lien entre la maladie et l'exposition aux radiations. Lorsque cette lésion affecte un spermatozoïde ou un ovocyte, le résultat n'apparaît que dans les générations suivantes. Il se perpétue et c'est précisément cela que l'industrie atomique essaie de nier.
Les experts ont constamment minimisé les conséquences génétiques et les conséquences pour les générations futures. Comme une personne de Tchernobyl me l'a expliqué, il s'agit d'un accident qui commence à petite échelle et s'aggrave avec le temps. C'est l'inverse de ce qui se passe après la rupture d'un barrage ou autres terribles catastrophes, épouvantables au début, mais dont les effets s'atténuent avec le temps. Tchernobyl au contraire s'aggrave sans cesse. D'un point de vue psychologique, cet aspect est essentiel, car la crainte de transmettre des lésions aux générations futures augmente dans la population.
Je voudrais énoncer ici, [...] d'une part les atteintes à la santé attribuées aux radiations reconnues par l'AIEA, et d'autre part les atteintes réelles qu'elle refuse de reconnaître. L'AIEA a créé deux catégories, trois depuis qu'elle a été obligée de reconnaître la leucémie.
Les experts reconnaissent tout d'abord les "cancers mortels radio-induits", chaque mot étant essentiel. Ils reconnaissent donc les cancers mortels, mais sont très réticents pour admettre des cancers qui ne seraient pas mortels ou les tumeurs bénignes. Par ailleurs ils ne considèrent que les cancers "radio-induits", refusant d'admettre que les radiations favorisent des cancers induits par d'autres causes. C'est pourquoi ils imposent une limite de 10 ans et ne reconnaissent aucun autre cancer comme ayant été radio-induit, en particulier des cancers ayant été favorisés par les radiations. Cette catégorie n'est pas indemnisée.
L'autre catégorie est constituée par "les maladies génétiques graves chez des enfants nés vivants". Ici aussi chaque mot a son importance. Il faut qu'il s'agisse d'une "maladie génétique grave", c'est à dire une maladie classique, codifiée, "maladie très rare et très grave". Les atteintes les plus courantes comme l'asthme ne sont pas reconnues. Il faut par ailleurs qu'il s'agisse "d'enfants nés vivants", c'est à dire qu'ils ne reconnaissent pas la mortalité périnatale, ni les avortements causés par des malformations congénitales du foetus.
En ce qui concerne les effets tératogènes, lésions du foetus in utero, ils n'acceptent à présent que "le retard mental grave" et ils limitent l'exposition à 8 - 15 semaines de grossesse. Pour l'industrie atomique, "le retard mental grave" implique l'incapacité d'une personne à répondre à un salut, ou l'incapacité de se nourrir elle-même. Rien d'autre n'est retenu. Il s'agit visiblement d'états limites, alors que les habitants des régions contaminées souffrent d'une quantité d'autres maladies [...]. La plupart de ces souffrances ne sont pas reconnues.
Nous devons comprendre que ce déni est d'ordre structurel, inhérent à la situation politique. On a souvent dit que la plupart des problèmes de Tchernobyl venaient de ce qu'il s'agissait d'un régime communiste, et que les structures politiques d'alors étaient responsables. Pourtant le même degré de secret existe en Occident. J'aimerais citer à titre d'exemple l'accident de Three Mile Island qui s'est produit en 1979 aux Etats-Unis.
2000 victimes de Three Mile Island n'ont toujours pas encore été entendues par les tribunaux. En effet, l'industrie atomique est intervenue en appel jusqu'à la Cour Suprême, pour faire admettre que le niveau de radiations auquel les habitants ont été exposés à Three Mile Island était incapable de causer des atteintes à la santé et qu'en conséquent aucun cas ne pouvait être recevable. Ceci a été rejeté il y a un mois seulement (mars 1996), et la procédure vient enfin d'être ouverte pour des cas datant de 1979. Les 11 premiers cas seront jugés en juin 1996 au Tribunal Fédéral de Harrisbourg.
L'industrie atomique est intervenue une seconde fois, invoquant une loi qui réglemente l'audition des experts. Ils plaident qu'un expert ne peut témoigner que si sa méthodologie et ses résultats concordent avec ceux de ses pairs dans le domaine des atteintes à la santé radioinduites. Ils se sont auto-proclamés pairs dans ce domaine. En conséquence, 11 sur 12 des experts viennent d'être révoqués par la Cour. A présent les victimes en seront réduits à plaider sans l'assistance de leurs experts, ce qui représente un déni structurel du droit d'expression et de la justice légale.
J'aimerais attirer l'attention [...] sur ce que j'appellerai les dangers atomiques imminents qui nous menacent tous, étant donné que l'industrie atomique se prépare au prochain accident nucléaire. Je pense que les dangers inhérents à cette technologie ne sont pas seulement les accidents statistiquement prévisibles, inhérents à toute industrie, mais également les émissions routinières de matières radioactives au cours du fonctionnement normal.
J'estime que [...] (l'on) devrait se prononcer sur la définition extrêmement limitative des dommages radio-induits que donne la CIPR.
J'estime que [...] (l'on) devrait condamner l'absence de toute agence internationale chargée de la protection des travailleurs et des communautés menacées par cette industrie. La CIPR fait des compromis tenant compte des "impératifs" économiques. Elle ne parle pas en faveur de la protection contre les radiations. Aucun membre de la CIPR n'a jamais eu de formation spécifique dans le domaine de la santé publique ou de la médecine du travail. Plus de 50% d'entre eux sont des physiciens, ils défendent le compromis, car ils sont pratiquement tous liés à cette industrie.
J'estime que nous devrions reconnaître publiquement les souffrances humaines niées par l'AIEA. La revictimisation des victimes par cette administration doit être condamnée. Nous devons condamner le conflit d'intérêts qui existe au sein de l'AIEA, chargée de la promotion de l'industrie atomique dans les pays en développement. Les Nations-Unies donnent une crédibilité pseudo-scientifique à cette agence.
Mais j'estime que la question la plus importante est l'atteinte au milieu naturel, aux bases mêmes de la vie sur terre. Je recommande l'abolition de la CIPR et de l'AIEA, mesure essentielle pour un avenir viable. [...]
Dr. Bertell,
"Tchernobyl, conséquences sur l'environnement, la santé, et les droits de la personnes"
Vienne, 12-15 avril 1996,
Tribunal Permanent des Peuples,
Commission Médicale International de Tchernobyl.
* Rosalie Bertell est présidente de l'International Institute of Concern for Public Health (Institut international pour la santé publique) de Toronto.
** En 1990, la CIPR était composée des personnes suivantes: Président: Dr. J. Beninson; Comision Nacional de Energia Atomica, Argentine, Vice-Président: Dr. H. Jammet, Directeur du Centre d'Etudes Nucléaires de Fontenay aux Roses, France, Secrétaire scientifique: Dr. H. Smith, Grande-Bretagne Membres: Professeur R.J. Berry et M. H.J. Dunster, Grande Bretagne, Prof. W. Jacobi, Allemagne, Dr. Li Deping, Chine, Prof. J. Liniecki, Pologne, M. C.B. Meinhold, Prof. A.K. Poznanski, Dr. W.K. Sinclair, USA, Prof P.V. Ramzaev, URSS, Dr. G. Silini, Autriche, Dr. E. Tajima, Japon. Au cours de 1990, les Dr. Tajima, Ramzaev, Poznanski et Berry ont été remplacés par les Dr. R.H. Clarke, le Professeur A.K. Guskova (la première femme, russe, spécialiste du syndrome d'irradiation aigüe) le Prof. F. Mettler (rédacteur de l'étude de l'AIEA en 1991 sur les conséquences de Tchernobyl sur la santé) et le Dr. S. Shigematsu.
EFFET DE PETKAU

L'effet de Petkau est un contre-exemple faite aux prétentions communément tenues d'un effet linéaire de l'exposition à la radiation. Il a été trouvé par Dr. Abram Petkau spécialiste de l'énergie atomique de l'établissement nucléaire de recherches du Canada Whiteshell, Manitoba et édité dans la physique sanitaire mars 1972.
Petkau avait mesuré, de la manière habituelle, la dose qui romprait une membrane particulière de cellules. Il a constaté que 3500 rads fournis en heures 2¼ le feraient. Puis, presque par hasard, il a essayé encore avec un rayonnement beaucoup plus faible et a constaté que 0.7 rad fourni en heures 11½ détruirait également la membrane. C'était à l'opposé de l'acceptation régnante d'un rapport linéaire entre la dose ou le taux de dose total et les conséquences.
Le rayonnement était de nature s'ionisante, et d'ions négatifs produits de l'oxygène. Ces ions étaient plus préjudiciables à la membrane dans des concentrations inférieures que plus haut parce que dans le dernier, ils recombinent plus aisément avec l'un l'autre au lieu de l'interférence la membrane. La concentration en ion directement corrélée avec le taux de dose de rayonnement et la composition a eu des conséquences nonmonotonic.
Curieux effet Petkau
Abram Petkau est directeur de la division de biophysique médicale de l'Atomic Energy of Canada Ltd, à Pinawa, dans le Manitoba. Voilà un peu plus de quinze ans, ce très sérieux chercheur a constaté que de faibles doses radioactives prolongées avaient une influence pernicieuse sur la membrane de cellules artificielles. L'expérience montrait un danger plus significatif avec de petites doses qu'après une exposition brève à des doses plus élevées (rayons X par exemple). Un pavé dans la mare peu explorée des radiations à petites doses, que les spécialistes en radioprotection, qui connaissent les travaux de M. Petkau, ont laissé de côté. Il a fallu la sortie, en 1985, du livre de Ralph Graeub "Der Petkau Effekt" pour que l'opinion publique en entende parler. La récente traduction en français de cet ouvrage ranime le débat.
Graeub écrit: «Les plus faibles doses radiologiques peuvent, lorsqu'elles sont prolongées (c'est le cas à la suite des retombées atomiques et dans les émissions des centrales nucléaires), être de 100 à 1000 fois plus dangereuses qu'on ne pourrait l'attendre en se basant sur les expériences médicales, les études sur les victimes japonaises des bombes atomiques et les très nombreuses expérimentations sur les animaux.» En résumé, sa démonstration est assez simple: jusqu'ici, à propos des atteintes de la radioactivité, on s'est fixé sur le noyau de la cellule, constate-t-il, et on n'a pas vu les dégâts provoqués sur la membrane. Et Graeub de citer une série d'exemples troublants et de poser la question: une nouvelle dimension du danger de la radioactivité ?
Question polémique, l'antinucléaire de la première heure, que l'on compare parfois à Franz Weber, n'en est pas à son coup d'essai. En 1972, le premier livre de Graeub, «Die sanften Môrder - Atomkraftwerke demaskiert» (Assassins débonnaires ou les centrales démasquées) avait déjà fait du bruit. On qualifie volontiers ce membre du groupe de protection radiologique de l'Association des médecins pour une responsabilité sociale (IPPNW-PSR section suisse) de sectaire ou de missionnaire.
Un ouvrage politique
"L'effet Petkau" est un ouvrage politique et non scientifique. C'est une somme de toutes les tares que certains voudraient voir attribuer à l'énergie nucléaire... «La démarche de Graeub est pour le moins curieuse, il n'a même pas cru bon de rencontrer M. Petkau avant d'écrire sur son effet !» Ainsi parle Werner Burkhart, radiobiologiste de l'Institut Paul-Scherrer de Würenlingen. «Petkau est un scientifique prudent, poursuit-il, il n'a jamais fait le pas que franchit Graeub. Cette hypothèse n'a pas été jugée suffisante pour qu'on y consacre de l'argent afin d'entreprendre des recherches. Je ne dis pas que Graeub n'est pas de bonne foi. On ne peut dire qu'il a tort, mais il n'apporte pas non plus la preuve qu'il a raison.»
Discrétion
De son côté, fauteur tient à préciser que le chercheur canadien ne lui a jamais reproché d'avoir parlé de ses travaux. L'échange de correspondance, après la parution du livre, a été fructueux. «M. Petkau est à la recherche d'un médicament. S'il veut conserver sa place, il est tenu à une certaine discrétion. Il est parvenu à déceler le même effet sur des cellules animales.» Dans son ouvragé, Ralph Graeub accorde beaucoup de place aux travaux du professeur Reichelt sur l'éventuelle corrélation entre 1a mort des forêts et la radioactivité. Il y est aussi question d'une hypothèse à propos du sida. Serait-ce à la suite d'une mutation génétique que le virus serait sorti du bois et devenu dangereux pour l'homme? Les radiations, on le sait, peuvent produire des mutations et, selon différents chercheurs, elles contribuent, en dehors des cancers et des leucémies qu'elles peuvent induire, à affaiblir le système immunitaire.
Michel Rime
«L'effet Petkau - les faibles doses de radioactivité et notre avenir irradié»
R. Graeub - édité par les Editions d'En Bas en collaboration avec le WWF Suisse.
Effets de la radioactivité sur la santé du corps humain
On a sous-estimé les faibles doses
Plusieurs spectres hantent le domaine des rayons ionisants: la mort, le cancer, la leucémie, les mutations génétiques. La radioactivité fait peur. Les autorités en matière de radioprotection ont fixé des valeurs limites au-dessous desquelles la santé de l'homme, dit-on, n'a rien à craindre. Pourtant, on s'apprête à les réajuster vers le bas. Le monde des faibles doses reste, à dire vrai, encore largement inexploré. Entre spécialistes, on n'est pas toujours d'accord. Partisans de l'énergie nucléaire et opposants se chamaillent sur l'innocuité des petites doses.
On a estimé jusqu'en 1982 que la radioactivité naturelle - celle que dégagent la croûte terrestre, le rayonnement cosmique et le corps humain - représentait une dose équivalente à 100 millirems (mrem) en moyenne par an pour l'homme. De nos jours, on sait qu'on avait oublié le radon et que la dose s'élève en fait à 240 mrem. A la radioactivité naturelle s'ajoute la radioactivité artificielle produite par l'homme: radiographie et médecine nucléaire, retombées d'explosions atomiques, cycle du combustible de l'énergie nucléaire, exploitation et gestion des centrales, accidents, travail sur radioéléments... Tchernobyl a montré, d'une manière abrupte, l'importance que pouvait prendre une source artificielle de rayonnement.
«Moins de radiations mieux c'est !»
Dans les années soixante, on a fini par admettre que l'on ne pouvait plus continuer à surcharger l'atmosphère de retombées radioactives, et les essais sur les bombes atomiques sont rentrés sous terre. A la même époque, il existait chez les marchands de souliers des appareils à rayons X (les pédoscopes) qui permettaient de voir si le pied d'un enfant était à l'aise dans une nouvelle chaussure. On y a renoncé, car bien trop dangereux. Aujourd'hui, on critique l'usage abusif de la radiographie. On veille à ce que les appareils utilisés ne génèrent pas plus de cancers qu'ils n'en détectent, disent les mauvaises langues. On a également remplacé le radium dans la peinture luminescente utilisée en horlogerie par du tritium. Tout le monde le dit: «Moins de radiations mieux c'est.»
Pour se donner une idée des changements survenus dans la manière d'appréhender les sources, les effets et les risques des rayons ionisants en trente ans, rien ne vaut un parcours à travers le volumineux rapport de l'UNSCEAR (le comité onusien sur les effets des radiations atomiques). La dixième livraison de cette bible est disponible depuis peu.
Des bases fragiles
L'effet des particules, des rayons et des neutrons sur le corps humain peut conduire, suivant les doses, à une mort foudroyante ou, au contraire, hyperlente, par le biais d'un cancer qui ne se déclenchera que trente ou quarante ans plus tard. On est loin cependant d'en savoir beaucoup. Une des hypothèses les plus tenaces fixe un seuil de doses reçues au-dessous duquel les effets sont négligeables pour la santé. Les bases de la radioprotection reposent sur les études médicales entreprises sur les survivants de Nagasaki et d'Hiroshima.
Malheureusement, on a longtemps surévalué l'exposition aux neutrons dans les deux villes japonaises, et de ce fait l'effet du rayonnement apparaît plus important que ce qu'on avait pensé jusqu'ici. Ainsi, il s'avère aujourd'hui que les victimes des deux bombes atomiques ont été sensiblement moins irradiées qu'on ne l'avait cru. «Les nouvelles doses pour les tissus sont environ la moitié de celles adoptées antérieurement. L'effet de nombreux cofacteurs pouvant affecter les taux de cancer a été évalué, par exemple l'irradiation médicale, le tabac, la maternité, le régime alimentaire, l'exposition au radon à l'intérieur des maisons», écrivait, en 1986, l'épidémiologiste américain Edward Radford.
Hypersensibilité chez les foetus
L'expert suisse Serge Prêtre, qui siège dans une sous-commission de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) - la plus haute autorité en la matière - confirme que les valeurs sont à la baisse. «Nous possédons des informations plus nuancées qu'il y a dix ou quinze ans. Les femmes sont plus sensibles et les enfants nettement plus sensibles aux rayons. Quant aux foetus, ce sont les plus délicats, tout particulièrement entre la huitième et la quinzième semaine de la gestation. Dans la nouvelle ordonnance, nous tiendrons compte des éléments les plus sensibles...»
La nouvelle loi sur la radioprotection, déjà acceptée par le Conseil des Etats, devrait entrer en vigueur en 1990. L'ordonnance suivra. Entre-temps seront tombées les dernières recommandations de la CIPR. Serge Prêtre souligne l'importance pour la Suisse d'être harmonisée sur le plan international. Les travailleurs exposés aux radiations (52 000 Helvètes), qui bénéficient d'une tolérance dix fois plus élevée que le reste de la population (respectivement 5 et 0,5 rem par an), verront aussi leur réglementation changée. Selon l'expert suisse, cet abaissement des doses limites ne posera aucun problème aux travailleurs de l'énergie nucléaire. A l'étranger, il pourrait en être autrement.
Le domaine archicomplexe de la radioprotection prête le flanc à la critique. Même le père de la discipline, l'ancien directeur du Département de physique médicale du laboratoire d'Oak Ridge (USA), Karl Z. Morgan, ne cache pas sa déception. Voici deux ans, il écrivait: «À partir de 1960, nous avons pris conscience de deux problèmes sérieux concernant l'exposition au rayonnement (exposition professionnelle dans les mines d'uranium et exposition de la population à la suite d'essais nucléaires militaires). On aurait pu espérer que la CIPR serait la première à essayer de réduire ces expositions, mais elle brilla par son silence,» M. Morgan fut membre de 1a CIPR pendant vingt ans.
MICHEL RIME Mardi 4 avril 1989
«L'effet Petkau - les faibles doses de radioactivité et notre avenir irradié» est édité par les Editions d'En Bas en collaboration avec le WWF Suisse.
L'article intitulé «Résultats récents concernant les cancers radio-induits parmi les survivants japonais des bombes A» est l'une des treize contributions rassemblées sous le titre «Santé et rayonnement: effets cancérigènes des faibles doses de rayonnement» édité par la CRII-RAD à Montélimar.
Lettre de Lecteur
à l'occasion des votations sur le nucléaire
Pully, le 04 mai 2003
Georges Tafelmacher,
chemin de la Côte 22,
1009 PULLY
Tél. : 021 7286571
Monsieur le Rédacteur,
Courrier des lecteurs,
Rédaction 24 Heures,
av. de la Gare 33
1001 Lausanne
|
Concerne: les initiatives «Sortir du nucléaire» des votations du 18 mai 2003
Monsieur le Rédacteur,
Je ne peux plus rester silencieux face aux affirmations faites par l'intelligentsia économique de ce pays concernant l'énergie atomique.
En effet, c'est avec étonnement que je lis les proclamations intéressées des milieux économiques de M. Jean-François Cavin et de la FRE. Dire n'importe quoi semble être admise de nos jours, au point que l'on dépasse fréquemment les limites en voulant prouver à tout prix que l'énergie atomique serait "propre", ce qui semble surprenant en ces temps où une nouvelle compréhension du monde se fait jour. En laissant entendre que nous ne pouvons pas nous passer de l'énergie atomique et que nous devons perpétuer cette technologie, ils nous démontre qu'ils ne sont que des conservateurs et leurs pratiques mettent en cause notre avenir. De plus, leurs sempiternelles récriminations contre les initiants démontre une forme de repli et permet une mentalité de frappe de faire ses percées phénoménales.
Je vous prie de faire paraître cette lettre de lecteur ci-inclus sous votre rubrique le "Courrier des Lecteurs" en vue de rectifier l'image du nucléaire auprès du grand public. J'espère que cette réponse sera adaptée à vos exigences.
En vous remerciant de l'intérêt que vous portez à notre endroit, veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
Citoyen Georges Tafelmacher
Lettre de lecteur pour les votations du 18 mai 2003 : «Sortir du Nucléaire»
À chaque catastrophe industrielle, il y a toujours un expert qui vient nous assurer que tout a été fait pour prévenir l'incident et que, de toute façon, le risque zéro n'existe pas. Déjà assez choquant lorsqu'une usine explose ou lorsqu'il y a un feu dans un tunnel qui font maintes victimes innocentes, cette réflexion est totalement inapproprié concernant le risque nucléaire car la nature même de ces risques est infiniment plus dangereuse et les conséquences de n'importe quelle défaillance sont infiniment plus graves que tous les autres activités polluantes. En effet, si trop de CO2 peut avoir des effets sur le climat, les éléments radioactifs eux s'insinuent jusque dans notre patrimoine génétique et le modifient. Il a même été prouvé que déjà les faibles doses agissent sur les membranes extérieures des cellules et bouleversent les synapses nerveuses et les défenses immunitaires.
Il faut savoir que l'utilisation de l'énergie atomique produit des substances qui malgré toutes les précautions, échappent à notre vigilance et contaminent l'environnement pour des millénaires et cela quelques soient les moyens de sécurité mise en oeuvre. Aux usines de retraitement de La Haye et de Sellafield, malgré tous les moyens de confinement, sans que les experts puissent l'expliquer, une infime portion du plutonium recyclé arrive à s'échapper dans l'environnement. Hautement énergique, ce plutonium qui finira tôt ou tard dans un organisme vivant et par conséquent dans la chaîne alimentaire. Il a été prouvé qu'il suffit d'une quantité de plutonium de l'ordre d'un millionième de gramme pour produire à coup sûr un cancer fatal.
Le danger de l'atome est à la hauteur de l'énergie qui y est contenu. Dans une centrale de 1000 MWe LWR, 290 kilogrammes de plutonium sont produits chaque année. Même si le taux de récupération est de l'ordre de 99,99%, le 0,01% qui s'échappera sans que l'on sache pourquoi, sera capable de produire 500,000 cancers sur 20 ans. Autrement dit, si avec un kilogramme d'uranium on peut produire autant de courant que 200 tonnes de charbon, les 29 milligrammes de plutonium qui s'échappent des usines de retraitement, sont bien plus mortelle que le rejet de 500 million de tonnes de CO2 qui sont pour une grande part absorbé par les océans alors que le plutonium s'insinue sans que l'on puisse le détecter jusque dans nos assiettes. Or, la sécurité nucléaire exige qu'il n'y ait AUCUN rejet, ce qui est impossible pour notre technologie primitive actuelle car il est impossible d'isoler les éléments radioactifs complètement à 101% de la biosphère.
Le risque zéro n'existant pas, nous devons nous attendre à ce qu'une de ces centrales nucléaires casse. Il y aura des milliers de morts étalés sur des longues périodes. Nous ne pouvons plus accepter que le futur lointain de la vie sur cette terre soit autant compromise par des pratiques aussi dangereuses surtout si ces pratiques ont pour logique des raisonnements bassement économiques et des considérations aussi matérielles. Voter OUI aux initiatives «Sortir du nucléaire» est le seul signal clair à donner à nos dirigeants et aux exploitants des centrales pour un meilleur respect de la vie.
Georges Tafelmacher
objecteur, pacifiste, antimilitariste
- P U L L Y -
|
|
Nucléaire écolo? Une mauvaise blague !
Billet du POP - Le Régional du 31 août 2007
A l'heure où le lobby de l'atome pousse à la construction d'une nouvelle centrale nucléaire en Suisse, il n'est pas inutile de rappeler quelques faits à propos d'une énergie que ses partisans n'hésitent pas - le ridicule tuant moins vite que la radioactivité - à considérer comme "écologique". En premier lieu, le problème ingérable des déchets: nos centrales produisent chaque année 700 kg de Plutonium, un matériau dont la demi-vie est de 24 000 ans. A ce jour, nous ne savons qu'en faire.
Deuxièmement, la dangerosité intrinsèque de la technologie. En ce domaine, de nombreux événements viennent nous rappeler que même dans les pays occidentaux connaissant les normes de sécurité les plus strictes, une catastrophe n'est pas à exclure. En Suède, la centrale de Forsmark a connu en 2006 un accident qualifié de "très sérieux": il n'est pas exagéré d'affirmer que le continent est passé très près d'un nouveau Tchernobyl. Plus récemment, une centrale japonaise a enregistré d'importantes fuites radioactives suite à un tremblement de terre. Pour la petite histoire, rappelons que le séisme le plus important qu'ait connu l'Europe avait pour épicentre la ville de Bâle. Par ailleurs, les centrales nucléaires de notre pays sont vieillissantes. Conçues par les ingénieurs pour une durée de vie de 25 ans, celle-ci pourrait, sur proposition du Conseil fédéral, être allongée à 50 ans: une décision parfaitement irresponsable. Mal renseignés, les partisans de l'atome suggèrent que le nucléaire est une énergie "inépuisable": le cours de l'Uranium a explosé au cours des dernières années (x30), laissant entrevoir une pénurie dans les prochaines décennies.
Enfin, soulignons que la construction d'une centrale nucléaire se chiffrerait à 5 milliards de francs. Investie dans les énergies renouvelables et les économies d'électricité, cette somme "rapporterait" deux fois plus d'énergie en créant 15 fois plus d'emploi. Pour ces raisons, et pour bien d'autres, il faut affirmer haut et fort son refus de la roulette russe atomique. Une grande manifestation antinucléaire est prévue le samedi 8 septembre, à 14h30 sur la place fédérale.
Soyons nombreuses et nombreux !
Julien Sansonnens POP Lavaux-Oron, Pully
C'était le temps de l'ignorance
Billet des Verts - Le Régional du 31 août 2007
Question énergie
Pendant des décennies, on a puisé dans le pétrole que la nature avait accumulé au cours de centaines de millions d'années. Les réserves paraissaient intarissables, et on ignorait les risques de changements climatiques...
Des scientifiques, pour oublier l'horreur de la bombe atomique, développèrent le nucléaire civil; les centrales nucléaires devinrent le mirage d'une énergie épuisable et bon marché. Et tant pis si mines d'uranium empoisonnent des milliers d'habitants des pays producteurs... Quant aux déchets radioactifs, on trouvera bien une solution un jour...
Puis vint le temps du doute
On a commencé à réfléchir: «Les énergies fossiles et le nucléaire menacent la vie. Mais peut-on s'en passer ? Ne pourrait-on pas plutôt développer les énergies renouvelables ? Et l'énergie produite, pourrait-on moins la gaspiller ? Mais comment ?»
Aujourd'hui, c'est le temps de l'action
Aujourd'hui, on sait construire de façon économique des maisons qui n'ont besoin d'aucun apport d'énergies non renouvelables. On trouve sur le marché des voitures et des appareils économes en énergie. Cela ne plaît pas du tout aux lobbies du nucléaire et du pétrole, qui manoeuvrent tant et plus pour poursuivre leurs affaires. Et les politiciens ne prennent pas les mesures suffisantes pour développer les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique; ils ne fixent toujours pas de limites à la consommation des véhicules importés, et préconisent la construction de centrales nucléaires et de centrales au gaz. Faut-il être corrompu, mal informé ou irresponsable pour accepter de tels plans ?
La relance du nucléaire ? Nous n'en voulons pas ! Vous aussi, venez le dire à Berne samedi 8 septembre sur la Place fédérale, de façon festive et pacifique avec vos amis ou en famille !
Départ du train de Lausanne samedi 08.09.2007 à 13h20. Possibilité de réserver vos billets à prix réduits sur le site Les Verts.
Christian van Singer Député, La Croix (Lutry)
Dossiers préparés par ©Georges Tafelmacher & SuisseForum
ce site est hébergé par
- nucléaire -
DATE DE CREATION : 10.11.2006 - DERNIERE MODIFICATION : 01.09.2007
par: Georges Tafelmacher Copyleft © 2005 TAFELMACHER-GEORGES.COM
All Rights to serve.
|